Un correspondant, lecteur de ces pages dont le CV atteste la compétence et l'indépendance d'esprit, m'a fait parvenir la réflexion suivante, que je reproduit ici avec son accord. Je vous laisse déguster, méditer et réagir...
Actuellement ce qui m'inquiète, c'est qu'on parle de "relance".
Quand tu as un petit raté de moteur, je trouve bien qu'on donne un coup de manivelle, et qu'on relance, mais là, le problème est plus grave, et ça ressemble plus à une voiture qui a failli tomber dans le ravin, et qu'on pousse à nouveau, pourvu qu'elle roule. On imagine la suite pour la dite voiture. Au lieu de s'être dit ouf, on n'est pas passé loin, changeons de direction.
Revenons aux événements et aux causes de la crise :
Aux USA (et en Espagne), afin de soutenir la consommation, des banquiers se mettent à prêter auprès d'une clientèle plus large, ceux qui n'ont que peu ou pas de revenu. On use de deux outils simples: on allonge les durées d'emprunts pour abaisser le niveau des remboursements (en Espagne, on en était arrivé à des prêts à 60 ans) ; on diminue les garanties (on accepte que des gens s'endettent à 40, 50 voire 60% de leurs revenus connus à l'instant T).
L'idée est simple: le capitalisme (quelques soit ses formes) vit sur les flux : Plus ça tourne vite, plus ça génère des flux financiers. Et la circulation, c'est la consommation. Quand il n'y a plus assez de consommateurs solvables, on en trouve d'autres, et on les solvabilise. Il s'agit de créer une (fausse) richesse.
Et cette consommation effrénée (en particulier en béton, donc ciment, acier, énergie) détruit des ressources naturelles (espace, minerais, hydrocarbures,...). La question de la limitation de ces ressources ne se pose pas.
Avec l'idée de relance, à quoi s'expose-t-on ?
Economiquement, la réaction des gouvernements est aussi irréaliste que celles des banquiers naguère. On emprunte ("foin des budgets équilibrés", "Saint Keynes a dit que c'était vertueux d'emprunter") et on relance.
Mais si les banques se sont cassées les dents et la figure, ne va-t-on pas vers un supercassage de figure ? Quand ce seront les gouvernements qui seront en faillite (comme en Islande, Hongrie, Grèce, Italie, ...). Il y aura qui derrière ?
D'autre part, relance veut dire qu'on va se remettre à consommer. Et quoi ? Si on fait une relance publique classique, on va faire des travaux publics : du béton et du bitume, et à grande échelle. La Chine vient d'annoncer qu'elle lance en urgence la construction de cinq centrales thermiques géantes au charbon. En clair on va accélérer l'épuisement de la Planète. Accélère, le mur approche, on va se le prendre en pleine face, fonce, fonce !
Obama, lui, annonce qu'on va en profiter pour booster les énergies vertes. Tiens, il y en a un qui pense. (Il y a donc de la vie sur terre ?)
En conclusion, je pose deux questions :
1) faut-il une relance?
Ou : peut-on avoir un système économique basé sur autre chose que l'épuisement des ressources et la course à la consommation / destruction ? (l'économie circulaire est-elle une réponse ?) On touche là aux dogmes des économistes actuels, tous confondus.
2) quel type de relance ?
Je me dis que, puisque ce sont les autorités publiques qui vont injecter de l'argent, elles pourraient le faire avec une écoconditionnalité forte. On pourrait faire du fer, et pas de la route, du solaire et pas du charbon, etc...
Gilles Pipien