Noolithic : Le Blog

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

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Science, foi et libre arbitre

Publié le samedi 20 septembre 2008

David Campbell. Vous ne connaissez pas son nom, et je ne le connaissais pas non plus, jusqu'à ce que je tombe sur un remarquable article, signé Amy Harmon dans le New York Times (Sélection d'articles diffusée avec le quotidien Le Monde, samedi 20 septembre).

Rassurez vous, c'est normal : David Campbell est un anonyme professeur de biologie dans un lycée de Jacksonville, en Floride. Il a la lourde tâche d'enseigner la théorie darwinienne de l'évolution à des lycéens qui n'en n'ont jamais entendu parler, ne brillent pas particulièrement par leur culture scientifique et ont été éduqués par leurs parents à considérer comme purement factuel le récit biblique de la genèse. La plupart d'entre eux pensent donc que la terre a été créée il y a 10.000 ans , avec l'ensemble des espèces vivantes, telles qu'on les rencontre aujourd'hui, et que les fossiles eux mêmes ont été créés par Dieu tels qu'ils sont.

C'est avec un tact et une finesse admirable que David Campbell s'acquitte de sa mission. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait d'un dialogue avec ses élèves, tel que rapporté dans l'article :

Campbell : « La science explore les lois de la nature par l'expérimentation et la collecte de données. Elle ne peut pas dire ce qui est bien ou mal. Elle ne traite pas de la morale. Elle ne s'oppose pas à la religion. La science et la religion traitent seulement de questions différentes. »

Poursuivant : « Qui peut me donner un exemple d'une question à laquelle la science ne peut pas répondre ? »

Un étudiant : « Dieu existe t-il ? »

Campbell : « Bien. La science ne peut tester cette hypothèse. Elle ne peut la prouver ni prouver son contraire. Ce n'est pas une question pour la science. »

Un autre étudiant : « Mais il existe pourtant bien une preuve de l'existence de Dieu. On a trouvé en Turquie, rejeté par un glacier, un morceau de bois provenant de l'Arche de Noé. »

Campbell (Choisissant ses mots avec soin) : « Si je pouvais, demain, prouver de façon certaine que ce morceau de bois ne vient pas de l'Arche, qu'il ne date même pas de 500 ans, et qu'il n'est même pas de la bonne essence d'arbre... Est ce que cela remettrait en cause, en quoi que ce soit, ta foi religieuse ? »

« Non », répond l'étudiant, alors que la classe est plongée dans un silence inhabituel.

« La foi ne repose pas sur des données scientifiques. » Répond Campbell. « Je n'attend pas de vous que vous croyez à l'explication scientifique de l'évolution, dont nous parlerons durant les semaines à venir. ».

Et il ajoute :

« J'attend de vous que vous la compreniez. »

Chapeau bas. De ce coté là de l'Atlantique, on a désespérément besoin d'hommes (et de femmes) de la trempe d'un David Campbell. 2009 sera le bicentenaire de la naissance de Darwin. Ce sera aussi l'année où une nouvelle équipe prendra les commandes de la première puissance mondiale. Sarah Palin, co-listière de John Mc Cain, a déjà affirmé haut et fort qu'elle souhaitait l'enseignement du créationnisme (qui relève de la foi) à parité avec celui de la théorie darwinienne de l'évolution (qui relève de la science).

Et de ce coté ci de l'Antlantique, tout va bien ? Peut-on vraiment baisser la garde, sans crainte ni remords ?

"Jamais l'instituteur ne pourra remplacer le prêtre"... Ca tombe bien, ce n'est pas ce qu'on attend de lui ! Mais prenons garde à ce que la réciproque soit vraie aussi, et qu'on n'attende jamais du prêtre (ou de l'imam, du rabbin, du frère, du bonze... cochez la case correspondante) qu'il remplace l'instituteur.

Science et religion ne s'opposent pas, nous rappelle avec sagesse David Campbell. Mais l'une comme l'autre peuvent être instrumentalisées par le pouvoir politique. Et l'histoire démontre que chaque fois que cela a été le cas, de Lyssenko aux politiques eugénistes, de l'inquisition aux talibans, ce fut un désastre.

La VivAgoveille n°6 est sortie

Publié le vendredi 11 avril 2008

Et c'est un bon cru !

Au sommaire :

Edito : L'ère du post-Grenelle

Débats publics et retours d'expériences :
Nanoforum du Cnam : premier bilan
Quel horizon pour l'innovation ouverte et responsable ?

Expertises et Savoirs alternatifs : "Affaire Allègre" : la mauvaise foi par amour du risque ?
L'air intérieur consacré polluant majeur
L'alerte, pour dire le nécessaire

Gouvernance partagée de l'innovation :
Biodiversité : une fondation et des interrogations
Mission Lepage : l'Europe et les nouvelles technologies

Tribune libre :
Le Marais poitevin : de la responsabilité politique de l'Etat

VivAgora in vivo

A lire, A voir...
• Le Plan B - Pour un pacte écologique mondial, Lester R. Brown, Calmann-Lévy, Souffle-Court Editions, 2007, 415 p.
• Le nouvel esprit de la démocratie, par Loïc Blondiaux, La république des idées, Seuil, 2007
• Agora 2020 - Vivre, habiter, se déplacer en 2020 : quelles priorités pour la recherche, publié par le MEDAD, janvier 2008
• Stratégie pour un futur souhaitable, par Philippe Lukacs, chez Dunod
• Exilés de l'intime : La médecine et la psychiatrie au service du nouvel ordre économique, de Roland Gori et Marie-José Del Volgo

Sur le web
• Inspire, pour une industrie réconciliée avec l'écologie et la société

Agenda

Pour Accéder à la VivAgoveille, c'est ici !

Mettre l'innovation en démocratie

Publié le vendredi 28 mars 2008

Le compte rendu du colloque "Mettre l'innovation en démocratie", organisé par VivAgora avec le Conseil Régional Ile de France, est désormais en ligne.

Vous pouvez y accéder à cette page.

Et vous pouvez lire ci-après le texte de l'introduction que j'ai prononcé en ouverture des débats :

"Nous vivons une situation inédite à de nombreux titres :

- Premièrement, la fin d'un cycle économique, basé sur l'abondance énergétique (ou plutôt, peut être, l'illusion de l'abondance) liée aux énergies fossiles, - Ensuite, la détérioration des services environnementaux, ceux la même dont nous aurions besoin pour soutenir la croissance de la population mondiale, - Enfin, des changement écologiques globaux, dont le moindre n'est sans doute pas le changement climatique, facteur aggravant des deux points précédents.

Conséquences de tout ces changements, des tensions sociales de plus en plus exacerbées, tant au plan local, où on se demande si l'on n'assiste pas au retour de la lutte des classes, à la montée des "pauvres actifs", à la généralisation de la flexisécurité, néologisme qui masque peut être une nouvelle tendance à la précarité pour tous, qu'au plan global, avec des conflits d'usages pour les sols (le réservoir des riches va t-il vider l'estomac des pauvres ?), des tensions pour l'accès à l'eau potable, l'afflux annoncé des réfugiés climatiques, etc...

Autre situation inédite, celle qu'on appelle désormais l'inversion des raretés : Le paradigme sur lequel s'est fondée la première révolution industrielle (main d'œuvre qualifiée rare et relativement chère et ressources naturelles abondantes) est aujourd'hui totalement inversé : Les ressources naturelles sont rares, chères et en voie d'épuisement, alors que dans tous les pays, une fraction significative de la population, y compris celle qui a des compétences à apporter, une qualification, un potentiel créatif, ... est inemployée. Les savoirs sont là, plus abondants que jamais, et l'information circule instantanément sur les réseaux électroniques. L'effort ne peut plus et ne doit plus porter sur l'augmentation de la productivité du travail mais bien sur celle de la matière et de l'énergie, afin que chacun puisse vivre dignement, satisfaire ses besoins physiologiques élémentaires et épanouir son potentiel de créativité et de réalisation sociale.

A situation inédite, réponse inédite : Il est bien évidemment impossible d'imaginer pouvoir nous en sortir avec les vieilles recettes. Il est urgent d'innover et de créer les conditions d'un renouveau et d'un salut collectif, tant qu'il est temps. Et innover dans tous les domaines. L'innovation technique, sans doute, mais bien plus encore l'innovation dans les modes de production et de consommation, dans les organisations, les modes de travail et d'éducation, et aussi l'innovation dans la façon d'innover.

En même temps, nous devons faire attention aux fausses bonnes idées, dont l'histoire abonde. L'innovation se doit aujourd'hui de concilier audace et précaution. Elle est porteuse d'enjeux collectifs, et doit donc être un objet de débat, de confrontation de logiques contradictoires. Il ne s'agit pas de chercher ici des consensus mous, dont chacun sais qu'il ne pourraient être obtenus qu'au prix de renoncements, de compromis stériles voire de manipulations et de mésinformation, mais il s'agit de rechercher et d'animer des tensions fécondes.

Ce colloque ne sort pas du chapeau, d'une soudaine lubie que nous aurions eu chez VivAgora. Il s'ancre dans une histoire, une réflexion partagée et un projet. Il s'inscrit dans la dynamique initiée par Jacques Robin avec son livre "Changer d'ère". Jacques Robin qui nous a quitté l'année dernière, et à qui nous avons voulu rendre hommage en lui dédiant ce colloque.

Si ce colloque est le fruit d'une histoire, d'un travail commencé de longue date, il se projette aussi dans l'avenir.

Nous voudrions que cette journée soit un signal... De ralliement.

Dans un moment de crise, de confusion des rôles, de défiance... Nous voulons que ce colloque fonde des reconnaissances et des liens pour amorcer des pratiques nouvelles de dialogue. Nous avons besoin de signifier des adhésions, des priorités, des perspectives communes, car les défis inédits que nous devons affronter exigent des réponses communes, de nouvelles alliances, dont certaines seront parfois inattendues...

Cette journée se veut un partage d'expériences sur les dialogues mis en places par les différentes parties prenantes, privées comme publiques. Des ateliers sont programmés dans l'après midi, pour mettre en évidence la diversité des approches possibles : consultation, concertation, régulation, négociation."

Mettre l’innovation en démocratie

Publié le vendredi 22 février 2008

le Mardi 18 mars 2008, de 9h à 19h
Dans l’hémicycle du Conseil Régional Ile-de-France
57 rue de Babylone, 75007 Paris

Colloque organisé par l’association VivAgora, avec le soutien de Genopole, en partenariat avec la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), Centrale-Ethique, Ars Industrialis, Alternatives économiques, Reporters d’espoirs, Valeurs Vertes, MediaPart et avec le parrainage de l’Académie des Technologies.

Les processus industriels d’innovation sont de plus en plus questionnés par des exigences sociales nouvelles : demandes sanitaires, revendications environnementales, considérations éthiques. Des cadres législatifs instaurent des obligations nouvelles : Convention d’Aarhüs , loi sur la démocratie de proximité, loi NRE, principe de précaution dans la Constitution, Règlement Reach…

  • - Comment les acteurs industriels et économiques vivent-ils ces irruptions et ces transformations ?
  • - Sont-elles vécues comme des contraintes ou comme des opportunités ?
  • - L’intégration des dimensions sociales et durables est-elle un gage de succès pour les produits innovants ?

Comment organiser un espace public et pérenne de concertation où les citoyens peuvent être mieux informés, partager leurs expertises, s’impliquer, influencer, et devenir acteur durable des choix qui les concernent ?
L’implication, la concertation et le débat public peuvent-ils devenir de nouveaux « carburants pour l’innovation » ?

Avec Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe et historienne des sciences (Paris X) / Loïc Blondiaux, Sciences Po Lille / William Dab, CNAM, ancien Directeur général de la santé / Bernard Stiegler, philosophe, directeur du service culturel de Centre Beaubourg, Ars industrialis / Martin O’Connor, directeur du laboratoire d’économie et d’éthique de l’environnement (C3ED) Université Versailles-Saint Quentin / Philippe Marzolf, Vice-président de la Commission nationale du débat public (CNDP)/ Jean-Claude Flamant, Agrobiosciences / Gilles-Laurent Rayssac, Res publica / François Mouterde, Missions publiques / Philippe Aigrain, directeur de Sopinspace / Francis Chateauraynaud, sociologue, EHESS / Philippe Lemoine, commissaire à la Commission nationale Informatique et Libertés (CNIL) et président de la Fondation internet nouvelle génération (FING) / Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement, Cap21 / Gilles Hériard-Dubreuil, directeur de Mutadis / Yves Farge, Vice président de l’Académie des technologies / Marie-Angèle Hermitte, juriste, Paris 1.

- Pour télécharger le programme complet, cliquez ici.
- Inscriptions : par courriel à : colloque@vivagora.org

Les Académies s’invitent à nos débats…

Publié le dimanche 16 septembre 2007

Par Yorghos Remvikos, oncologue, vice-président de VivAgora et Représentant de la Ligue ROC au Groupe 3 du Grenelle de l'environnement - “Comment assurer un environnement respectueux de la santé”

La participation au Grenelle, tout au moins pour ce qui concerne notre groupe, correspond à un exercice auquel nous nous sommes pliés, dans le respect des partenaires assis autour de la table. Bien sûr les divergences existent, même si elles ne se sont pas toujours exprimées avec clarté. Mais nous n’avions pas anticipé que certains allaient s’inviter au débat pour, disons le, le parasiter.

Nous souhaitons donc déclarer que le rapport des académies sur le lien cancer environnement, publié à grand fracas, est inacceptable sur le fond et sur la forme. La méthode qui consiste à déclarer que seules les études soit-disant sérieuses étaient prises en considération, d’ailleurs selon quels critères, correspond à un autre âge. Des centaines de publications internationales, parues dans des journaux avec comité de lecture, donc ayant reçu une validation par les pairs, sont passées sous silence. Les auteurs, selon une approche comptable qui privilégie exclusivement les causes arithmétiquement importantes, tentent de détourner l’attention, en tout cas de l’objet qui a été au centre de nos discussions : “Comment assurer un environnement respectueux de la santé”. Nous pourrions comparer leur démarche à celle d’observateurs qui, ayant choisi des lunettes de faible grossissement, nous rapportent qu’ils n’auraient vu que des éléphants. Jusque-là il n’y a pas de problème. Sauf que, sur la base de leurs observations, ils cherchent aussi à nous convaincre que les éléments de plus petite taille pourraient ne pas exister, ce qui, du point de vue de la méthode scientifique, est pour le moins discutable.

Ce rapport est peu crédible sur ces conclusions y compris chiffrées. Ainsi, le chiffre de 4012 cas de cancers d’origine professionnelle est avancé (nous admirons la précision). Dans les chiffres récents de l’InVS, il est spécifié que 2500-5000 cas de cancers du poumon chez l’homme seraient attribuables à des causes professionnelles. La CNAM, dans ces publications sur les cancers professionnels (une action prioritaire), cite la fourchette de 11000-23000 cas par an. D’un point de vue moral, la présentation du rapport est scandaleuse. En effet, pour estimer les cas attribuables aux expositions professionnelles, on se base sur nos connaissances de l’exposition des travailleurs à des cancérigènes reconnus comme certains. Ceci signifie que les cancers d’origine professionnelle sont à 100% (ou presque) évitables, si l’on se donnait la peine d’agir sur l’exposition, par des interdictions ou, à la rigueur des mesures de protection drastiques.

L’état d’esprit des auteurs est détestable à plus d’un titre. L’obésité est reconnue comme facteur de risque, par ailleurs, sans que l’explication mécanistique ne soit abordée. Comme dans l’ensemble du rapport, l’accent est mis sur les défauts comportementaux, c’est-à-dire que les individus deviennent obèses par ce qu’ils mangent mal et qu’ils ne font pas assez d’exercice physique. Au lieu de culpabiliser le public, les auteurs auraient pu aussi faire allusion aux causes émergeantes de l’obésité, impliquant l’exposition à des substances qui perturbent l’équilibre hormonal, en particulier l’axe thyroïdien.

En clair, l’effet de la pollution est classé dans les controverses (le rapport du PNSE n’a pas été lu apparemment), les pesticides n’auraient que des effets négligeables, les perturbateurs endocriniens ne sont même pas cités et la dioxine, pourtant classée comme cancérigène certain par l’IARC (cosignataire du rapport), ne serait finalement pas si dangereuse.

En conséquence, nous souhaitons que notre groupe de travail se prononce sur le fait que ce rapport est inopportun, la méthodologie de travail est sujette à caution et l’exploitation médiatique, de ce qui n’est finalement qu’une prise de position, scandaleuse. Rappelons, comme le disait M. Philippe Hubert, que les épidémiologistes ont tendance à reconnaître les relations causales avec une probabilité significative, qu’après avoir comptabilisé quelques convois de cercueils. A l’inverse, dans notre groupe, il a été souligné en introduction (personne n’a contesté le principe), que désormais l’absence de preuve ne doit pas être assimilée à une absence de risque et, surtout, ne doit pas entraîner de la part des pouvoirs publics l’attentisme, comme ce fut, malheureusement, parfois le cas par le passé.

Ouvrir des espaces de bonne foi

Publié le vendredi 13 juillet 2007

Physicien, directeur de recherche à l’Ecole normale supérieure (Paris), membre fondateur de l’Académie des Technologies, ancien président (2001-2006) du Comité permanent sur Sciences & éthique de l’Alliance européenne des académies, Gérard Toulouse nous parle de la possibilité (et de la nécessité) d’ouvrir des « espaces de bonne foi »

Un entretien réalisé par le Recueil Dalloz, et reproduit avec l'autorisation de l'éditeur sur le site de VivAgora, à découvrir ici.

Ségolène Royal répond à VivAgora

Publié le jeudi 3 mai 2007

VivAgora a adressé ses "6 préconisations pour une démocratie technique" aux candidats.

la réponse de la candidate Ségolène Royal est la suivante :

" Je tiens à vous remercier de votre courrier. Je connais et apprécie l’action de votre association.

Je crois, par ailleurs, que l’organisation de débats citoyens autour des enjeux de la science et de la recherche est une nécessité démocratique.

Seule cette démarche peut permettre de fonder un consensus durable sans lequel les recherches de long terme ne peuvent être construites.

Je ne manquerai pas, le moment venu, de solliciter votre expérience précieuse dans ce domaine. "

A noter que Ségolène Royal est la seule candidate à avoir, à ce jour, répondu aux propositions que nous avions faites.

Note : VivAgora est une association, dont j'ai l'honneur d'être le président, qui promeut et met en pratique le débat public sciences et société. Pour nous découvrir : www.vivagora.org

Vivagora publie ses propositions aux candidats à l’élection présidentielle

Publié le mercredi 21 mars 2007

Santé, environnement, OGM, nanotechnologies, neurosciences, les choix technologiques façonnent nos modes de vie (agriculture, alimentaire, alimentation, transport, énergie), nos modes de communication, et de surveillance. Ils influencent nos rapports économiques et géopolitiques.

Pourtant, les modes de décision actuels mobilisent peu les avis de la société et restent largement aux mains d’un réseau politico-scientifique souvent perméable aux lobbies industriels.

L’association VivAgora, pour le débat public Sciences et société, s’emploie depuis 4 ans à développer des pratiques de démocratie sur les questions techniques et scientifiques.

Elle demande aux candidats à la présidence de la République de mettre en œuvre six propositions que vous pouvez télécharger en cliquant ici !

Normalisation, innovation, complexité

Publié le samedi 17 mars 2007

L’usage des nanotechnologies dans notre quotidien soulève la question des normes, de leurs finalités, de la façon dont elles sont élaborées et finalement la question de savoir qui les édicte, et qui en bénéficie.

Au départ, tout paraît relativement simple : le travail de normalisation peut répondre dans certains cas à une volonté du législateur, qui fixe quelques « règles du jeu » minimales. Mais il répond surtout, en théorie, au besoin de rendre « interopérables » et « communicants » les systèmes entre eux, et surtout à faciliter leur mise sur le marché et leur circulation dans une économie mondialisée.

Au final, c’est surtout de luttes de pouvoirs pour savoir qui contrôlera le marché qu’il s’agit. La norme devient une arme clé dans la guerre économique. Qui contrôle la norme, et de préférence au niveau le plus « bas », et au niveau le plus fin, contrôle le marché. Vous êtes le premier à mettre sur le marché une nouvelle technologie ? Inondez le marché au plus vite, et surtout fréquentez assidûment les instances de normalisation et prodiguez leur généreusement vos conseils. Vous arrivez après, mais qu’importe, vous êtes plus gros, plus riche et plus puissant que votre concurrent ? Concevez votre propre norme, si possible à l’aide de quelques alliés puissants, et vous évincerez « en douceur » votre adversaire. Tout ceci bien sûr dans l’intérêt du consommateur, puisqu’il aura à sa disposition des produits « standards », maîtrisés, sûrs et communicants.

On se souvient par exemple de la guerre des standards pour les cassettes vidéos, de celle sur les téléphones mobiles, ou encore, aujourd’hui, sur les fameuses étiquettes dites intelligentes (RFID). Le plus souvent, plusieurs acteurs puissants s’organisent et passent une alliance pour définir le futur standard du marché. Dans le domaine des systèmes d’exploitation pour ordinateurs personnels, on est bien obligé de constater qu’un acteur du marché fixe à lui seul le standard de fait, depuis maintenant une vingtaine d’années. C’est donc, dans l’intérêt de l’utilisateur bien sûr, une sorte « d’oligarchie » économique qui met au point et édicte les standards qui lui conviendront, à elle, et lui permettront de consolider sa domination sur le marché. Dans un système théoriquement dominé par le marché (l’utilisateur), c’est bel et bien le fournisseur, et non le client, qui fixe la norme.

A l’opposé du concept d’émergence (bottom-up) sur lequel je reviendrai plus loin, c’est bien une approche top-down qui domine. Quelles en sont les implications ? J’en vois trois principales :

1. Malgré la transparence théorique du produit fini (la norme), le processus qui conduit à son élaboration se fait essentiellement sans impliquer l’usager, qui au passage est aussi un client et un citoyen. La norme étant généralement un document technique destiné à des techniciens, sa compréhension échappe largement aux citoyens, et relève des seuls experts. De nombreux aspects éthiques sont souvent « oubliés » dans la réflexion (Où sont les données ? Qui peut les lire ? Pendant combien de temps sont-elles conservées ?), ou ressurgissent, trop tard, sous forme de polémiques interminables.

2. Ce mode d’élaboration des normes techniques installe de fait une coupure vis-à-vis de l’usage qui sera fait effectivement de l’outil, et des motivations réelles de l’usager. Vieille question qui agita jadis les évolutionnistes : est-ce l’organe qui crée la fonction ? (l’outil qui fait l’usage ?) ou la fonction qui crée l’organe (l’usage qui détermine l’outil ?). Combien de fois sommes-nous, simples usagers, obligés de nous adapter à un outil répondant mal à nos besoins, alors que nous aurions tant aimé avoir un outil qui s’adapte à notre usage...

3. Enfin, et c’est peut être le plus grave, je vois dans tout cela comme une négation de la complexité du monde réel, des dynamiques d’interactions sociales, culturelles, et environnementales, et des ruptures que sont susceptibles d’introduire certaines innovations. Comme une dangereuse volonté de simplification forcée. Réductionnisme et déterminisme contre approche systémique et globale ? Si c’est le cas, c’est à une extrême fragilisation du système, dans son ensemble, qu’il faut s’attendre. Comme un château bâti sur des sables mouvants. Forcer son environnement à s’adapter, plutôt que de s’adapter à son environnement est hélas bien dans les habitudes de l’humanité, depuis quelques milliers d’années en tout cas. Mais nous constatons aujourd’hui les limites de cette attitude... Alors quelles réponses apporter, face à ce constat ?

Faisons preuve d’un peu de modestie, et prenons exemple sur le vivant. Celui-ci nous inspire déjà, à travers le « biomimétisme », de nombreuses innovations technologiques (je citerai par exemple le « Velcro »). Peut-être peut-il aussi nous inspirer une autre façon d’innover. Depuis 3,8 milliards d’années, sans interruption, le vivant est là. Il a su s’adapter à des bouleversements prodigieux de son environnement, en s’adaptant et en innovant sans cesse. Que nous apprend-il ? Que l’innovation ne suit pas un processus linéaire, mais au contraire chaotique. Qu’il n’existe d’équilibres qu’en mouvement, dynamiques, comme un cycliste qui tombe s’il cesse d’avancer. Que la complexité est là, et que c’est à nous de nous y adapter. Elle peut même être une source d’enrichissement et une véritable « assurance vie » face à l’incertitude. Alors que vouloir tout simplifier revient à mettre la tête dans le sable. Enfin, dans le vivant, et à quelque niveau d’analyse que l’on se place, c’est le « bottom-up » qui gouverne l’évolution. Le « top down » n’existe pas, sauf à prendre à la lettre les thèses créationnistes. C’est bien « d’émergence » qu’il s’agit, lorsque qu’apparaît un niveau d’organisation supérieur, et lorsque les propriétés d’un système deviennent supérieures à celle des éléments qui le compose. C’est aussi d’émergence que l’on parle lorsqu’ une espèce (une innovation) qui se trouve être bien adaptée à son environnement s’y épanouit, au moment ou d’autres disparaissent.

C’est à nous tous, consommateurs tout autant qu’industriels, que s’adressent les leçons de cette « écoute du vivant » :

En tant qu’usagers, nous devrions sans doute nous réapproprier les outils. Ne pas « accepter sans comprendre », ce qui ce passe dans toutes ces « boîtes noires » qui font désormais notre quotidien, mais réfléchir à leurs apports réels, à leurs impacts sur nos vies, et à ce que nous voulons vraiment. Mieux les maîtriser nous aidera à mieux maîtriser notre futur. Et gardons à l’esprit ces questions : Qui asservit qui ? L’outil sert-il mes objectifs, ma volonté ? Ou, comme l’anneau de Frodon, m’impose t-il sa propre volonté ?

En tant que producteur d’innovations et acteurs économiques, les entreprises (et les administrations concernées) seraient peut-être bien inspirées de réfléchir à la façon d’innover autrement, en écoutant l’ensemble des parties intéressées, en acceptant la complexité et les contradictions, voire ce qui leur semblera relever de « l’irrationnel » chez leurs interlocuteurs. Sur le processus d’innovation lui-même, le monde du logiciel libre, sur le modèle des projets de logiciels à code source ouvert (1) montre peut-être la voie. L’outil y est le résultat d’un travail collaboratif, d’itérations nombreuses et « chaordiques » (un mélange de chaos et d’ordre) entre utilisateurs et développeurs, ce qui permet une personnalisation poussée et une adaptation fine de l’outil à l’usage qui en sera fait. La norme existe, mais elle résulte de ce même processus, et répond à un impératif simple : nous devons communiquer pour travailler et produire ensemble. Enfin, la question du « sens » d’une innovation, et de son impact à court et long terme sur les comportements, la cohésion sociale, les libertés individuelles, les cultures et l’environnement devrait être présente tout au long du processus d’innovation et de normalisation. « L’éthique » de l’innovation (et pas seulement en biologie et en médecine, ou ces questions sont déjà présentes et mêmes règlementées) est une discipline encore à inventer.

(1) Voir « la cathédrale et le bazar »,

Mentir pour la bonne cause ?

Publié le dimanche 11 février 2007

J'ai, comme la plupart d'entre nous, reçu (au moins 5 fois d'ailleurs), un courriel m'invitant à visionner un reportage sur la toxicité des OGM, relatant notamment une expérience de longue durée sur l'alimentation exclusive de rats de laboratoire avec des OGM, pendant un an (au lieu de 3 mois habituellement).

Je n'ai pas cliqué sur le lien, car il se trouve que, suivant ce sujet assez régulièrement, j'avais déjà entendu parlé de cette étude. (Je me demande d'ailleurs si, après avoir mangé la même chose pendant un an, OGM ou pas, n'importe quel rat - ou humain - ne se sentirait pas un peu bizarre...)

Sur le fond, le débat sur les OGM est loin d'être clôt. Et je respecte parfaitement les appréhensions, les craintes ou les refus d'ordre éthique qu'ils peuvent susciter.

Mais sur la forme, comment approuver le ton d'un courriel, selon lequel le dit reportage aurait été "censuré" par Canal+, et nous invitant à nous précipiter sur le lien pour aller le visionner, car il risquerait "de ne pas rester longtemps en ligne".

Belle histoire, mais totalement bidon, parce que le dit reportage a bien été diffusé, et même à deux reprises.

Je me sens, plus que jamais, en harmonie avec les idées écologistes. Les menaces sont réelles, nombreuses, et sérieuses. Le passage de la prise de conscience à l'action est, effectivement, dramatiquement lent, beaucoup trop lent. Comme je le disais dans une note récente, nul besoin d'être alarmiste, les simples faits sont là, ils sont en eux mêmes suffisamment alarmants. Et, oui, il y a des gens "méchants", qui freinent des quatre fers et s'opposent aux mesures qui nous permettraient d'infléchir l'action politique dans la bonne direction, parce que c'est contraire à leur petits intérêts catégoriels.

Mais si nous voulons que le message passe, qu'on nous écoute, comme il semble qu'on commence aujourd'hui à nous écouter, il est essentiel de rester crédibles. Le mensonge est une arme à double tranchant, d'ailleurs souvent utilisé par les adversaires de l'écologie (Voir par exemple la campagne d'Exxon mobil, de l'administration Bush et autres lobbies anti Kyoto). Laissons là leur : nous n'avons nul besoin de mentir, d'exagérer, de grossir les faits ou d'inventer des complots imaginaires. Encore une fois, les simples faits sont largement suffisants. Contentons nous de les transcrire rigoureusement, en mentionnant des sources vérifiables.

Que peut-on « lire » dans le cerveau ?

Publié le samedi 3 février 2007

Dans le cadre du Cycle CERVEAU & SANTÉ MENTALE, VivAgora vous invite à un débat public :

Le jeudi 8 février, de 18h30 à 21h, à la Mairie du 2eme arrondissement de Paris

Les techniques d'imagerie médicales nous donnent aujourd'hui des « vues sur le cerveau en fonctionnement » révolutionnaires. Cependant, ces images sont des reconstructions arbitraires faites à partir de signaux métaboliques, elles ne montrent que des corrélations entre l'état mental du sujet et l'activité cérébrale.
- Peut-on alors leur attribuer rigoureusement un sens ou un contenu ? Par exemple en déduire les bases cérébrales, donc les causes biologiques, d'un comportement ou d'une maladie mentale ?
- Peuvent-elles être des outils performants de diagnostic médical ou doivent-elles rester des outils de recherche ?

Accueil par Jean-Jacques Boutaud, Maire du 2è arrondissement de Paris

Avec Yves BURNOD, neurobiologiste, CNRS ; Kevin O' REGAN, directeur du laboratoire de Psychologie de la perception, Centre des Saint-Pères, CNRS Université Paris 5 ; Line GARNERO, directrice du Laboratoire de Neurosciences Cognitives & Imagerie Cérébrale LENA, CNRS, Paris ; Henri GRIVOIS, psychiatre, spécialiste des psychoses naissantes, auteur de « Parler avec les fous » (Empêcheurs de penser en rond, 2007) / Pascal KELLER, psychanalyste et professeur de psychologie clinque à l'université de Bordeaux 2, auteur du dialogue du corps et de l'esprit, Odile Jacob, 2006.

entrée libre mais inscription conseillée à inscription@vivagora.org programme complet sur www.vivagora.org

Cerveau & Santé Mentale : Une cause politique ?

Publié le vendredi 26 janvier 2007

VivAgora, association pour le débat public Sciences et société, vous invite à participer à son prochain cycle de débats publics :

à Paris, Mairie du 2eme arrondissement, 8 rue de la Banque (métro Bourse)
les jeudis de 18h30 à à 21h (sauf le 14 mars)

programme résumé (programme complet ici)

Jeudi 8 février : Que peut-on « lire » dans le cerveau ?

Jeudi 15 février : Diagnostic des troubles psychiatriques : quels usages des nouvelles technologies ?

Mercredi 14 mars : A quoi sert de médicaliser les comportements ?

Jeudi 22 mars : Maladies neurodégénératives : des innovations médicales pour quoi faire ?

Jeudi 26 avril : Améliorer les performances : bien-être ou dopage ?

Jeudi 31 mai 2007 - 17h/ 21h :
- Cerveau et santé mentale : une cause politique
- GRAND DEBAT FINAL à l'Hôtel de Ville de Paris, 3 rue Lobau, Paris 4eme

Grand témoin : Jean Michel Besnier, professeur de philosophie à la Sorbonne (Paris4)
Méthode délibérative pour construire collectivement des priorités humaines, durables et solidaires
(voir sur le site de VivAgora)

Entrée libre (dans la mesure des places disponibles)
Inscription recommandée à inscription@vivagora.org
Programme disponible sur le site : www.vivagora .org
Renseignements : vivagora@vivagora.org ou 06 14 01 76 74

Merci de nous rejoindre et de vous impliquer dans ce nouveau parcours aux enjeux majeurs.

Nanobiotechnologies : pour quoi faire ? Comment ?

Publié le mardi 5 décembre 2006

Dans le cadre du cycle de débats NANOVIV : Grand débat final de clôture du cycle.

Lundi 11 décembre 2006 - 14h à 19h
Auditorium de la CCI - 1, place André Malraux - Grenoble

Le Cycle NANOVIV a acueilli plus de 600 personnes pour des débats denses et variés (voir comptes-rendus en ligne sur vivagora.org). Il a mis en évidence des besoins pour améliorer l'accès à l¹information, la transparence des décisions, l'intégration des enjeux sociaux aux dynamiques d¹innovation, l'implication des citoyens dans les choix en matière de nano-biotechnologies à Grenoble.

Les préconisations et pistes de chantiers seront présentées au cours de cette séance finale, et permettront d'interpeller les responsables académiques, industriels, associatifs et politiques, lors de deux tables rondes.

PROGRAMME

14h - Introduction
Par Guy ROMIER, président du CCSTI et Dorothée BENOIT BROWAEYS, déléguée générale de VivAgora

Alain KAUFMANN, directeur de l'interface Science & Société de l'université de Lausanne, Suisse : « Enjeux sociaux des technologies convergentes : de la nécessité de développer une démocratie technique »

François BERTAULT, chargé de mission à la Commission nationale du débat public (CNDP) Secrétaire générale de la Commisison particulière sur les déchets nucléaires. « Comment le débat public est possible ? En quoi il est utile ? »

Table ronde 1 - de 15h à 16h30
Recherche et investissement en nano-biotechs : Quels choix ? Quels pilotages collectifs ?

Discutant : Olivier IHL, Directeur de l¹Institut d¹études politiques de Grenoble

Avec : Yannick VALLEE, 1er vice-président de la Conférence des Présidents des Universités Dominique GRAND, adjoint au directeur CEA Grenoble
Marie-Christine FAVROT, responsable du projet Nanobio à l'Université Joseph Fourier, Grenoble
Laurent LEVY, responsable C'Nano Rhone Alpes, représentant du CNRS
Peter KASPAR, directeur de l'unité biologie moléculaire de BioMérieux, Grenoble
Nicolas LETERRIER, délégué général de Minalogic partenaires
Jacques BORREL, secrétaire du syndicat CFDT des personnels de l'énergie atomique, Grenoble
Raymond REINISCH, représentant ATTAC 38.

Table ronde 2 ­ de 17h à 19h
Pourquoi poursuivre le développement des nano-biotechnologies ? À quelles conditions ? Comment ?

Discutant : Marie-Angèle HERMITTE, juriste CNRS EHESS, Paris.

Avec : Didier MIGAUD, président de La Métro, PS Roger FOUGÈRES, vice-président délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche au Conseil régional Rhône-Alpes, PS
Georges BESCHER, vice président du Conseil général de l'Isère, PS
Geneviève FIORASO, adjointe au maire de Grenoble, chargée du développement économique et à l'innovation, PS
Raymond AVRILLIER, vice-président de La Métro, Association pour la Démocratie, l'Écologie et la Solidarité (ADES)
Olivier BERTRAND, vice président du Conseil général Isère, Les Verts 38
Jean CAUNE, vice-président de La Métro, Grenoble Objectif Citoyenneté
Philippe de LONGEVIALLE, président UDF 38
Max MICOUD, conseiller général, UMP
Renzo SULLI, vice-président de La Métro, PC.

Clôture : René Von SCHOMBERG, unité "Gouvernance et éthique" de la Direction Générale de la Recherche, Communauté européenne, Bruxelles.

Ce cycle est réalisé par VivAgora et le CCSTI de Grenoble, en partenariat avec France Bleue Isère, Le Monde, Valeurs Vertes, La Vie, Sciences et Avenir et TéléGrenoble.

Il est soutenu par les Elus de la région de Grenoble (le Conseil Général de l'Isère, le Conseil Régional Rhone-Alpes, La communauté d'agglomération La Metro, la Ville de Grenoble)

Programme disponible sur les sites : www.vivagora.org / www.ccsti-grenoble.org
Inscriptions : contact@ccsti-grenoble.org - tel : 04 76 44 88 80

Le « dessein intelligent » à l'assaut de la raison

Publié le mardi 19 septembre 2006

Il y a quelques années, quand je lisais dans les chroniques de Stephen Jay Gould le récit des combats acharnés que les scientifiques et les défenseurs de la raison étaient obligés de mener contre les créationnistes, je me disais pour me rassurer qu'en Europe, et a fortiori en France, héritière de l'esprit des lumières, on était à l'abri de tout ça, et que ce genre d'archaïsme était typiquement américain.

Que des mouvements religieux intégristes protestants, ultra-conservateurs (les mêmes qui s'opposent aux talibans, alors que tant de choses les rapprochent) aient obtenu, même momentanément, le bannissement de l'enseignement de la théorie de l'évolution dans certains états, ou au mieux son enseignement « au même niveau » que celui de la création, on doit déjà se pincer pour se dire qu'on ne rêve pas. Qu'ils aient contesté en bloc l'ancienneté de la terre, celle des fossiles et des couches géologiques et veuillent voir dans la bible non pas un enseignement religieux et spirituel, mais une vérité absolue ne laissant place à aucune interprétation, et là on pouvait se dire qu'avec de tels zozos on était tranquille, qu'aucun élu représentant le peuple, aucun dirigeant sensé ne leur donnerai jamais plus de poids qu'ils ne le méritent, et que ces « Amishes de la pensée » resteraient confinés dans leurs petites communautés.

Mais est-ce la faute à un biais médiatique, qui s'empresse de relayer et d'offrir une chambre d'écho à tout ce qui semble nouveau (bien que cela ne le soit pas), sans discernement ? Est-ce l'afflux de fonds que certains généreux mécènes leurs accordent volontiers pour ouvrir écoles, musées, réaliser des documentaires ou publier des livres (Alors que leur argent serait si bien employé à d'autres causes) ? Est-ce le règne de la peur de l'autre qui offre un terreau favorable à ces nouveaux obscurantismes ? Est-ce encore une réaction de repli face à un monde qui change toujours plus vite ?

Toujours est-il que, relookés « Intelligent design », les créationnistes et leur mauvaise foi absolue sont toujours là, plus actifs et virulents que jamais, et que comme tous les opposants à la liberté, ils ne cessent d'invoquer la liberté d'opinion pour mieux la museler.

On espérait ne plus avoir à mener ce combat là, tant il y en a d'autres, urgent, à mener. Mais on n'arrivera à rien si on les laisse faire leur travail de sape sur les esprits, sur le libre arbitre, sur la raison et l'esprit critique. Et il ne s'agit plus que de petites communautés isolées dans les états du sud est américain. En Allemagne, en Autriche, et ailleurs en Europe, des écoles et des universités privées, des organisateurs de colloques complaisant leur offrent des tribunes pour répandre leurs idées.

Il ne faut jamais opposer la foi à la raison. Chacune a son domaine, son territoire, et ne devrait pas empiéter sur celui de l'autre. Mais le « dessein » des créationnistes n'est pas si inoffensif qu'il en à l'air. Si Darwin avait tant choqué les religieux de son époque, c'est que l'évolution, et l'ascendance animale de l'homme, rendaient difficilement justifiables une soi disant « supériorité » de la race blanche, créée par Dieu à son image. C'est que le libre arbitre et la maîtrise de son destin, que Darwin rendait à l'humanité, en lui donnant du même coup des responsabilités particulières, était une entrave à l'asservissement des esprits et de la raison que certains voudraient imposer au reste du monde.

Animer la matière ou fabriquer la vie : pour quoi faire ?

Publié le lundi 18 septembre 2006

Vivagora vous invite au premier de son cycle de six débats Nanoviv, mardi 19 septembre à Grenoble, au restaurant "La cour des miracles", à partir de 18h30.

Participeront aux débats et aux échanges avec le public : Jacques DEMONGEOT, biomathématicien, directeur du laboratoire «Techniques de l’imagerie, de la modélisation et de la cognition» (TIMC - CNRS) ; Bernadette BENSAUDE-VINCENT, philosophe et historienne des sciences Université Paris X ; Louis LAURENT, physicien, Agence nationale de la recherche ; Vincent MANGEMATIN, économiste GAEL-INRA ; Jean-Yves GOFFI, professeur de philosophie à l’Université Pierre Mendès-France ; Franz BRUCKERT, plateforme Nanobio, Institut national polytechnique de Grenoble (INPG).

- Voir le programme détaillé, et autres informations pratiques

- Télécharger le "Repères" de ce débat

- Voir le site internet de Vivagora