Noolithic : Le Blog

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

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Nous y sommes

Publié le vendredi 16 janvier 2009

par Fred Vargas

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé destennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre,déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, - attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille - récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

Source : ici !

Sorties de crise

Publié le jeudi 1 janvier 2009

Bonne année !

A en croire les experts autorisés, 2009 sera une année épouvantable. Les faillites d'entreprises, notamment des PME, s'accumuleront. Le chômage retrouvera les sommets qu'il avait quelque peu délaissé ces dernières années. La dette de l'état enflera, sous l'effet d'un déficit qui continuera à se creuser. Avec tout ça, la solidarité intergénérationnelle et l'écologie passeront au second plan, voire pire, des préoccupations des consommateurs, des décideurs économiques et des représentants du peuple...

Alors, 2009 est-elle condamnée par avance à être cette "annus horribilis" que tout le monde annonce ? Et si ce n'était, comme souvent, qu'une question de regard ? Et si 2008 et les années qui l'ont précédé n'étaient pas plutôt ces "années horribles", les dernières d'un aveuglement collectif, le chant du cygne d'un modèle de développement obsolète, fondé sur la consommation irréfrénée de ressources fossiles, sur la prédation du vivant et l'ultra compétition entre les hommes ? Il ne tiendrait alors qu'à nous de faire que 2009 soit cette année de la bascule, celle où les impulsions décisives seraient données pour, enfin, réconcilier l'humanité avec elle même et avec son environnement naturel.

"Nous ne connaissons pas l'avenir, mais nous pouvons l'inventer", disait Einstein, à qui l'on prête beaucoup, il est vrai. C'est exactement cet état d'esprit qui m'anime, comme il anime les adhérents et bénévoles d'INSPIRE. Nous sommes convaincus que nous avons aujourd'hui les éléments d'information qui nous permettront de faire des choix éclairés, et que nous avons à notre disposition les savoirs et les technologies nécessaires à un renversement des tendances. Tendances destructrices dans lesquelles nous nous étions, souvent involontairement et parfois pour les meilleures raisons du monde, enfermés. Les possibles désirables sont là, à portée de main. Il y aura certes des efforts à faire. Mais la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons nous y contraint, forcément. Autant donc faire en sorte que ces efforts soient bien orientés, et qu'ils fassent l'objet de choix conscients et partagés.

La crise actuelle est d'une autre nature que celles que nous avons connues jusqu'ici. Il y aura un avant et un après. Il y a bien sûr plus d'un scénario de sortie de crise possible. L'un d'entre eux consisterait à s'accrocher aux vieilles recettes, pour tenter de restaurer une situation que nous avons déjà connue. Cela semble rassurant à première vue, mais cette attitude n'aurait pour seul effet que de recréer les conditions qui ont permis à la crise d'apparaître. D'autres scénarios de sortie de crise sont possibles, qui permettront de repenser les modèles de création et de partage des richesses, et de replacer l'humanité et son bien être au cœur de la biosphère, pour un développement pérenne et harmonieux.

Ce sont ces scénarios là que je vous proposerai avec INSPIRE, tout au long de cette année, et que nous mettrons en œuvre, ensemble.

Bonne année à vous.