Noolithic : Le Blog

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

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La peur de l'avenir est au dessus de nos moyens

Publié le vendredi 26 septembre 2008

Au plus profond de nous même, nous gardons une part d'animalité. Je parle bien là de ce qui fonde notre personnalité et gouverne notre esprit, non de notre métabolisme. Il n'y a pas à mes yeux lieu de le déplorer, mais peut-être n'est-il pas inutile d'en avoir conscience, afin de mieux comprendre comment nous sommes conduits à faire certains choix, et certains non-choix, plutôt que d'autres.

Les publicitaires le savent bien, les politiciens en campagne aussi, cet animal en nous réagit principalement à deux stimuli : Le désir, ou l'envie, et la peur.

Le désir nous conduit à nous mouvoir, au sens propre, par exemple pour aller chercher de la nourriture, nous mettre en quête de semblables (ou d'une semblable), ... Au figuré, c'est en situation de désir que nous apprenons, que nous inventons, que nous sommes capable d'innover et d'agir positivement pour améliorer notre situation.

La peur, dans la nature, induit un comportement de fuite, ou de repli dans un abri sûr. La peur de l'inconnu n'est pas le propre de l'homme. Si les chats explorent incessamment leur environnement, ou si les chiens tournent plusieurs fois sur eux-même avant de se coucher, c'est pour éviter les mauvaises surprises, comme tomber nez à nez avec un rival, ou un prédateur, ou tout autre désagrément. Prendre ses précaution et chercher à éviter les risques inutiles n'a rien d'anormal. Mais si nous ne sommes pas la seule espèce à avoir peur de l'inconnu, cette répulsion prend chez nous des proportions considérables.

Le « chiffon rouge » de la peur, du doute et de l'incertitude est agité à loisir par ceux qui cherchent à influencer notre comportement. Cette stratégie du « F.U.D. » (Fear, Uncertainty, Doubt) est appliquée, souvent avec succès, par les lobbies les plus divers, pour les causes les plus diverses. Des consultants spécialisés y excellent. C'est une stratégie défensive habile, cherchant à détourner le consommateur, ou l'électeur, d'un candidat ou d'un produit rival, qui serait éventuellement en rupture avec les idées reçues les plus courantes. En politique, cela donne par exemple : « Votre programme est audacieux, mais avez vous l'expérience et les moyens nécessaires pour le mettre en oeuvre ? » ou « Avec qui gouvernerez vous si vous êtes élus ? ». Moyen en général efficace de bloquer toute innovation politique ou toute rupture avec la logique des grands partis. Dans d'autres domaines, vous pouvez ainsi discréditer toute innovation technologique ou toute rupture avec le modèle économique dominant (Microsoft a tenté, avec un succès mitigé, d'appliquer la méthode FUD pour tenter de limiter la progression de Linux). Cette quête de sécurité est à l'origine de bien des conformismes. Si nous agrégeons autour de certaines idées, c'est bien pour nous rassurer : Plus nous sommes nombreux, plus c'est rassurant. L'effet de masse rassure autant les petits poissons qui se regroupent en banc que les citoyens qui se regroupent derrière les belles paroles rassurantes de certains leaders charismatiques.

Mais les plus beaux écrans de fumée ne peuvent masquer longtemps la réalité : L'incertitude est là. Au coin du bois, au tournant, pour demain ou pour après demain.

Nous attendons de ceux qui nous gouvernent qu'ils nous fassent rêver, qu'ils nous promettent des lendemains radieux lorsqu'ils sont en campagne, et qu'ils nous disent la vérité dès lors qu'ils sont élus. C'est donc ce qu'ils font (enfin, à peu près). Cette attitude nous condamne à des désillusions sans fins, et à l'immobilisme politique car celui qui dirait la vérité en campagne n'aurait aucune chance d'être élu. Comment alors espérer la véritable métamorphose sociétale, indispensable aujourd'hui ?

Pour imparfait que soit le système politique et économique dans lequel nous vivons, il a un coté rassurant. Ca fait un bout de temps que nous vivons avec, et aucune frustration, aucun mécontentement ne semble à même de aider à nous projeter dans une autre configuration.

Nous avons grandi, et nos parents avant nous, dans un monde où l'énergie était bon marché, où elle était issue principalement de réserves fossiles. Même si nous avons bien compris que ces réserves étaient épuisables, même si nous avons conscience des inconvénients majeurs de ce modèle énergétique, nous avons du mal à nous projeter vers un autre.

Les échecs relatifs des discours « écologistes » (au sens large), et le manque d'ambition dans la mise en oeuvre d'un « développement durable » reposent à mon avis sur un problème fondamental : toutes les argumentations reposent sur une critique du passé et sur le constat d'une situation actuelle non tenable, et non sur une projection dans un avenir souhaitable. En somme, même pour le dénoncer, nous restons accrochés à la référence rassurante du passé, connu, par opposition à ce grand inconnu qu'est l'avenir.

Dénoncer, culpabiliser, même de la façon la plus fondée qui soit, n'est pas une bonne stratégie pour catalyser le changement. Tant que nous n'aurons pas été capable d'affronter notre peur de l'inconnu, nous risquons de rester attirés par les vielles recettes. Nous resterons dans notre caverne, groupés autour d'un feu déclinant, sans aller chercher cet ailleurs qui nous attend. Tant que nous n'aurons pas été capables de créer de l'envie, du désir, de la passion, nous ne mobiliserons les forces créatrices qui sont en nous. Le véritable défi consiste aujourd'hui à expliquer ce que sera le monde de demain, et à démontrer que le changement n'est pas une fatalité, ni une nécessité, mais qu'il sera le résultat d'un désir partagé.

Nous n'avons plus le temps d'avoir peur. Plus le temps de nous replier sur nous même, de nous raccrocher aux vieilles recettes rassurantes et aux discours lénifiants. Nous n'avons que le temps d'avoir envie.

Ce n'est pas parce qu'il n'y avait plus de silex que nous sommes sortis de l'âge de pierre. C'est parce que nous avons inventé mieux. N'attendons pas l'épuisement des réserves de charbon, de gaz et de pétrole pour inventer mieux, pour inventer un autre développement, en harmonie avec les écosystèmes et au service du bien être humain.

Un appel urgent du Centre Simon Wiesenthal

Publié le vendredi 26 septembre 2008

Je n'ai rien, absolument rien, contre la présence bienveillante de Dieu, ni contre quelque religion ou croyance que ce soit.

Mais les zélotes de Dieu, de Sarah Palin à Ahmad Ahmadinejad, en passant part tant d'autres (comme la " tribu Ka" bien de chez nous) me fatiguent.

L'heure est à la mobilisation, l'urgence de la crise écologique devrait ressouder les peuples dans l'action, pour une cause commune : l'avenir de l'humanité. Au lieu de ça, des discours nauséabond, racistes, antisémites et xénophobes continuent d'affluer, et vont même en s'amplifiant. La manœuvre est classique : détourner l'attention des peuples de l'incurie et de l'incompétence de leurs dirigeants, en les dressant les un contre les autres et en attisant les haines et les rancœurs.

Un à un, les verrous qui mènent à un nouvel holocauste sautent. Des discours tels que celui proféré sous les applaudissement à l'assemblée générale de l'ONU, par le leader iranien Ahmad Ahmadinejad, qui n'est à mon avis pas représentatif de son peuple, ne peuvent être laissés sans réponse.

Je vous invite à signer, comme moi, cette pétition du Centre Simon Wiesenthal, et à relayer cet appel dans vos réseaux.

Bien à vous,

Emmanuel Delannoy

Etude prospective sur l'économie de fonctionnalité en France

Publié le dimanche 21 septembre 2008

Juste un bref message pour vous signaler que j'ai mis en ligne sur le site d'INSPIRE l'étude prospective sur l'économie de fonctionnalité en France, étude réalisée en collaboration avec HEC, GoodWill Management et la Fondation Nicolas Hulot.

Cliquez sur l'image ci-après pour le lien de téléchargement :

Science, foi et libre arbitre

Publié le samedi 20 septembre 2008

David Campbell. Vous ne connaissez pas son nom, et je ne le connaissais pas non plus, jusqu'à ce que je tombe sur un remarquable article, signé Amy Harmon dans le New York Times (Sélection d'articles diffusée avec le quotidien Le Monde, samedi 20 septembre).

Rassurez vous, c'est normal : David Campbell est un anonyme professeur de biologie dans un lycée de Jacksonville, en Floride. Il a la lourde tâche d'enseigner la théorie darwinienne de l'évolution à des lycéens qui n'en n'ont jamais entendu parler, ne brillent pas particulièrement par leur culture scientifique et ont été éduqués par leurs parents à considérer comme purement factuel le récit biblique de la genèse. La plupart d'entre eux pensent donc que la terre a été créée il y a 10.000 ans , avec l'ensemble des espèces vivantes, telles qu'on les rencontre aujourd'hui, et que les fossiles eux mêmes ont été créés par Dieu tels qu'ils sont.

C'est avec un tact et une finesse admirable que David Campbell s'acquitte de sa mission. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait d'un dialogue avec ses élèves, tel que rapporté dans l'article :

Campbell : « La science explore les lois de la nature par l'expérimentation et la collecte de données. Elle ne peut pas dire ce qui est bien ou mal. Elle ne traite pas de la morale. Elle ne s'oppose pas à la religion. La science et la religion traitent seulement de questions différentes. »

Poursuivant : « Qui peut me donner un exemple d'une question à laquelle la science ne peut pas répondre ? »

Un étudiant : « Dieu existe t-il ? »

Campbell : « Bien. La science ne peut tester cette hypothèse. Elle ne peut la prouver ni prouver son contraire. Ce n'est pas une question pour la science. »

Un autre étudiant : « Mais il existe pourtant bien une preuve de l'existence de Dieu. On a trouvé en Turquie, rejeté par un glacier, un morceau de bois provenant de l'Arche de Noé. »

Campbell (Choisissant ses mots avec soin) : « Si je pouvais, demain, prouver de façon certaine que ce morceau de bois ne vient pas de l'Arche, qu'il ne date même pas de 500 ans, et qu'il n'est même pas de la bonne essence d'arbre... Est ce que cela remettrait en cause, en quoi que ce soit, ta foi religieuse ? »

« Non », répond l'étudiant, alors que la classe est plongée dans un silence inhabituel.

« La foi ne repose pas sur des données scientifiques. » Répond Campbell. « Je n'attend pas de vous que vous croyez à l'explication scientifique de l'évolution, dont nous parlerons durant les semaines à venir. ».

Et il ajoute :

« J'attend de vous que vous la compreniez. »

Chapeau bas. De ce coté là de l'Atlantique, on a désespérément besoin d'hommes (et de femmes) de la trempe d'un David Campbell. 2009 sera le bicentenaire de la naissance de Darwin. Ce sera aussi l'année où une nouvelle équipe prendra les commandes de la première puissance mondiale. Sarah Palin, co-listière de John Mc Cain, a déjà affirmé haut et fort qu'elle souhaitait l'enseignement du créationnisme (qui relève de la foi) à parité avec celui de la théorie darwinienne de l'évolution (qui relève de la science).

Et de ce coté ci de l'Antlantique, tout va bien ? Peut-on vraiment baisser la garde, sans crainte ni remords ?

"Jamais l'instituteur ne pourra remplacer le prêtre"... Ca tombe bien, ce n'est pas ce qu'on attend de lui ! Mais prenons garde à ce que la réciproque soit vraie aussi, et qu'on n'attende jamais du prêtre (ou de l'imam, du rabbin, du frère, du bonze... cochez la case correspondante) qu'il remplace l'instituteur.

Science et religion ne s'opposent pas, nous rappelle avec sagesse David Campbell. Mais l'une comme l'autre peuvent être instrumentalisées par le pouvoir politique. Et l'histoire démontre que chaque fois que cela a été le cas, de Lyssenko aux politiques eugénistes, de l'inquisition aux talibans, ce fut un désastre.

Fiscalité écologique : halte au feu !

Publié le samedi 20 septembre 2008

Communiqué de France Nature Environnement

"Les déclarations prêtées au Premier Ministre sur la fiscalité écologique mettent le feu. FNE ouvre le robinet.

Les bonnes questions. Pour Sébastien Genest, Président de FNE, « La question n'est pas de savoir s'il faut sauver le soldat Borloo, la question est de savoir si tous les acteurs du Grenelle ont ou non le courage de porter le compromis qu'ils ont signé le 26 octobre 2007, plutôt que de faire pression sur les parlementaires pour reprendre d'une main ce qu'ils ont donné de l'autre. La question n'est pas de savoir si le bonus malus est remis en cause mais comment il va s'appliquer intelligemment secteur par secteur. La question n'est pas de savoir qui va gagner la bataille de la communication ou aller à Matignon, la question est de savoir comment faire en sorte que le Grenelle change la vie des français ».

La concertation a eu lieue. Arnaud Gossement, porte parole de FNE souligne : « Demander de la concertation à propos de mesures fiscales qui ont fait l'objet l'an dernier, lors du Grenelle, de milliers d'heures de négociations et de bien des nuits blanches est tout simplement ubuesque ! La concertation entre acteurs doit aujourd'hui faire place à un débat parlementaire serein ».

Oui au pouvoir d'achat écologique. Arnaud Gossement poursuit : « Déclarer que la fiscalité écologique peut être contraire au pouvoir d'achat est tout simplement malhonnête / La fiscalité écologique est celle qui donnera la liberté au consommateur de choisir des produits moins chers, plus sains et plus respectueux de l'environnement. »

Le devoir d'honnêteté. Pour FNE, les anti-Grenelle devraient avoir le courage d'assumer leur défense d'un modèle économique ruineux pour l'environnement et injuste socialement. Faut-il encore rappeler que ce sont les plus modestes qui sont les premières victimes de la crise écologique ?"

Mon commentaire :

Le retour de bâton de ces dernières semaines sur les quelques mesures prises (ou plutôt annoncées) en matière de fiscalité écologique a vraiment des airs de bal des hypocrites (J'avais une autre expression en tête, mais bon...). Il y a un an, émergeait un consensus sur l'urgence écologique et le courage politique politique nécessaire pour prendre les mesures qui s'imposent. Le temps passe vite. Savons nous vraiment ce que nous voulons ? Le désordre climatique et écologique est il, oui ou non, une priorité ? Ou devons nous continuer à nous effaroucher devant le moindre effort, la première difficulté qui se présente, comme nous le faisons depuis trente ans. Les mesures difficiles n'ont pas été prises au moment où elles auraient dû l'être, où elles auraient pu l'être, c'est à dire quand l'économie se portait bien. Aujourd'hui, il y a la crise financière, l'érosion du pouvoir d'achat, un climat social et géopolitique tendu. L'écologie doit elle repasser au second rang des priorités, en attendant que les choses aillent mieux ?

Attendre est la pire des attitudes possibles. Ce qui était difficile hier l'est encore plus aujourd'hui, c'est un fait. Mais le risque est que cela soit vraiment insurmontable demain. Certaines mesures fiscales sont impopulaires. Mais elles sont là pour orienter les marchés, et amorcer la transition vers une économie plus responsable. Les dirigeants politiques devraient avoir le courage d'assumer cette transition et les décisions qui l'accompagnent, et de les expliquer. Tergiverser, polémiquer vainement est le plus sûr moyen d'entretenir le doute, voir de nous enfoncer encore un peu plus dans le déni écologique.

Attention : Danger. L'attitude de ceux qui dénigrent les taxes "pique nique" n'est pas seulement dérisoire, elle est surtout irresponsable.