Des plantes, de l'oxygène, et des hommes
mardi 1 juillet 2008 Par Emmanuel Delannoy, dans Vivant(s) ! -# 242 - Fil RSS
Comme la plupart des personnes sensées et cultivées, vous pensez sans doute que l'oxygène est indispensable à la vie. Et qu'il va de soit que s'il est présent dans l'atmosphère terrestre, c'est grâce à l'action des plantes. Ces dernières, à l'aide d'organites photo-synthétiques qu'elles renferment dans leurs cellules (les chloroplastes), captent l'énergie des photons envoyés par le soleil pour fabriquer des molécules organiques complexes, à partir du CO2 atmosphérique. L'oxygène n'est donc qu'un sous-produit, un déchet, dont les plantes se débarrassent dans l'atmosphère, pour le grand bonheur de toutes les autres formes de vie.
Tout ceci est vrai. Enfin presque.
Sauf que la vie est apparue sur terre dans une atmosphère dite « réductrice », c'est à dire composée essentiellement de gaz carbonique et de méthane, et totalement dépourvue d'oxygène libre. Et pendant des milliards d'années, la vie (certes, à l'époque, uniquement bactérienne) s'en est parfaitement accommodée. D'ailleurs, quand l'évolution, dans sa grandeur et sa fantaisie, s'est mise à « inventer » des cellules (des bactéries photo-synthétiques, ancêtres direct des chloroplastes des plantes vertes) dotées de propriétés photo-synthétiques et que le taux d'oxygène atmosphérique s'est mis à grimper, celui ci à d'abord été un poison violent, et probablement la cause d'une crise d'extinction majeure. Ce n'est qu'ensuite que les autres organismes ont appris à le tolérer, puis à en dépendre.
Mais il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui l'oxygène est indispensable à toutes les espèces animales, dont l'homme.
Et maintenant, pourquoi y a-t-il de l'oxygène dans l'atmosphère ? Car si les plantes, durant leur croissance, en libèrent après avoir séparé les atomes d'oxygène des atomes de carbone, leur décomposition, après leur mort, en capte autant, tout en libérant du CO2. Normalement, le bilan devrait être neutre et il ne devrait pas y avoir plus d'oxygène libre aujourd'hui qu'il n'y en avait au début de l'Archéen.
Mais c'est là que ça devient intéressant : S'il y a de l'oxygène, c'est que la boucle n'est pas bouclée. Certaines plantes, ou certains micro-organismes photo-synthétiques échappent à la décomposition aérobie, et fossilisent ou sont décomposés dans le sol, à l'abri de l'air, suite à des éboulements, des glissements de terrain, ou une sédimentation rapide dans les océans. C'est de là que viennent les hydrocarbures fossiles, pétrole, charbon ou gaz. En les brûlant aujourd'hui dans les moteurs de nos voitures, ou dans nos chaudières, nous aidons, en quelque sorte, la nature à "boucler la boucle". Mais à nos risques et périls...
(D'où l'intérêt, même quand on s'intéresse d'abord à l'avenir du genre humain, de lire des ouvrages de paléontologie, de ceux qui traitent d'un passé profond, mais pas si déconnecté de notre monde actuel qu'il n'en a l'air... Entre autres, je vous recommande le volumineux, mais lumineux, ouvrage de Richard Dawkins : "Il était une fois nos ancêtres")
Que retenir en fin de compte de tout cela ? Premièrement, que rien n'est déterminé, tout est affaire de choix. Deuxièmement, que la vie est solide, et ses capacités d'adaptation quasi illimitées. Mais l'humanité est fragile. L'espèce menacée, c'est elle. C'est pour elle qu'il faut se mobiliser aujourd'hui, à travers la sauvegarde indispensable de la biosphère et de la diversité du vivant.
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