La façon dont a évolué en émeute populaire ce qui était au départ un dramatique et sordide fait divers dans le canton de Wengan, en Chine, me laisse perplexe.

A l'exception de quelques intellectuels, il semble que les chinois soient plutôt satisfait de leur sort. Les droits de l'homme, la liberté d'opinion, la démocratie, ne semblent pas être pour l'homme de la rue des préoccupations majeures, puisque ses conditions de vie matérielles à lui se sont grandement améliorées. Et il est si tentant, en suivant l'avis véhiculée par la presse officielle, de faire l'amalgame entre ceux qui contestent le régime (qui a fait tant de choses pour le bien être du peuple) et des criminels qui menaceraient la sécurité de l'état ou celle de tout un chacun. La prospérité économique et la sécurité valent bien quelques sacrifices, non ?

C'est ainsi que, lorsque la colère populaire se manifeste, c'est à propos de ce qui reste, malgré tout, un fait divers, pas un problème de société. Indignation sélective ?

Regardons maintenant chez nous...

Les faits divers font l'audimat. Ils font vendre du papier. Et plus ils sont sordides, plus ils soulèvent le coeur, plus cela fait vendre. La rumeur n'adore rien tant que cela (Voir cette rumeur délirante à Marseille sur de soit disant enlèvements d'enfants qui n'existaient que dans les imaginations). Certaines élections au plus haut niveau se sont peut être jouées sur des faits divers, et sur leur exploitation en boucle par les grands médias. Dans le même temps, et ce phénomène est d'ailleurs facilité par le climat de peur lié au phénomène précédent, les limitations des libertés publiques ne soulèvent plus beaucoup d'indignation ni ne font réagir grand monde... Les caméras de surveillance, les dispositifs de contrôle d'accès reposant sur la biométrie se généralisent, se diffusent, sans que quiconque ne proteste. Ou si peu. Des dispositions règlementaires sur la justice, la liberté de presse (l'obligation de divulguer ses sources par exemple), la surveillance de tout un chacun, sur internet ou dans la rue, se mettent en place. Comme si notre société était prête à céder passivement sur le terrain des libertés, comme si c'était le prix "normal" à payer pour un peu plus de sécurité et de tranquillité. Les priorités s'inversent, les valeurs s'érodent, et la démocratie faiblit.

Le sursaut viendra t-il ? Ou Georges Orwell ne s'était-il que trompé de quelques décennies ?