On aura à peu près tout lu, tout entendu sur le « Grenelle de l’environnement », depuis son annonce officielle au mois de mai.

Il y a ceux pour qui ce ne serait jamais qu’un coup médiatique, ceux qui étaient d’avance sûr que ça ne servirait à rien, ceux qui pensaient que ça n’irait de toute façon pas assez loin, et que ça ne serait pas à la hauteur de l’enjeu. De l’autre coté, il y avait bien sûr ceux qui ne voulaient surtout pas que ça aille « trop loin », voire que ça remette en cause quoi que ce soit.

Pendant l’exercice lui même, des travaux préparatoires des groupes de travail aux tables rondes finales, il y avait les sceptiques, ceux qui d’avance étaient sûrs que le Grenelle ferait reculer la cause sociale en reportant tous les efforts à faire sur les plus défavorisés, ceux qui voulaient pouvoir continuer à rouler à 130 km/h et que, urgence écologique ou pas, on pouvait bien faire ce qu’on voulait, pourvu qu’on ne touche surtout pas ni à leur « bagnole », ni à leur portefeuille. Et puis il y avait bien sûr ceux qui se sont dit que c’était une formidable occasion de revenir sur le principe de précaution, coupable à leur yeux de plonger notre pays dans le marasme économique et de freiner la croissance en bloquant toute innovation.

Ils doivent être bien déçus aujourd’hui tous ceux là. Non, le Grenelle n’a pas débouché sur une assommante litanie de mesures fiscales qui viendraient peser sur le pouvoir d’achat ou sur la compétitivité des entreprises. Oui, le Grenelle a bien confirmé le principe de précaution, rappelant au passage avec force qu’il n’est non pas un principe d’abstention, mais bien un principe d’action. Oui, le Grenelle a permis quelques avancées significatives, et non, il n’a pas produit qu’un catalogue de déclarations d’intentions, écrites d’une plume trempée dans l’eau tiède et les bon sentiments.

Pour la forme, il s’en trouve encore certains, nostalgiques d’un temps révolu ou des écologistes « héroïques » passaient leur temps à croiser le fer contre les lobbies de tout poil et contre la représentation nationale, pour regretter que personne n’ait claqué la porte des négociations, et que tout ce soit, finalement, bien passé. Ceux là devront réviser leurs classiques : Sur ce point précis, le Grenelle aura sans doute plus illustré une transition déjà à l’oeuvre depuis plusieurs années, qu’il n’aura été une véritable révolution. Oui, les associations de protection de la nature savent négocier, proposer, s’engager et agir, y compris là où on ne les attend pas forcément, par exemple sur l’économie. Oui, les associations de protection de la nature savent discuter avec des acteurs économiques, des syndicats, des élus, des administrations. Ce que le Grenelle apporte, comme véritable nouveauté, c’est un cadre officiel et récurrent au dialogue entre les acteurs.

Pour en finir avec les déçus, mentionnons enfin une dernière catégorie, à venir : Ceux qui espèrent que les associatifs, éblouis par les ors des palais de la république, rassasiés par les somptueux buffets qu’on y sert et hypnotisés par les beaux discours, les laisseront enfin polluer et détruire la nature en toute tranquillité, et nuire à la santé publique sans réagir. Désolé. Nous resterons ceux que vous avez connus : Ouverts, mais vigilants. Nous saurons, comme nous l’avons été, être force de proposition, mais il faudra aussi compter sur nous pour informer, alerter et contester à chaque fois que ce sera nécessaire.

Que restera t-il du Grenelle de l’environnement ?

Il est encore bien tôt pour dire si le Grenelle aura été, comme il l’ambitionne, un tournant historique ou pas. Mais ce qu’on peut d’ores et déjà constater, c’est qu’il a permis un travail inédit de créativité et de co-construction, qu’attestent les rapports produits par les groupes de travail, documents qu’il ne faudra surtout pas enterrer mais garder comme référence pour les nombreux chantiers à venir.

Il aura aussi été un rendez-vous formel d’une ampleur inédite entre 5 catégories d’acteurs qui ont à cette occasion appris à mieux se connaître. L’état, les collectivités, les entreprises, les syndicats et les associations de protection de la nature ont désormais pris ensemble des engagements. Ils vont continuer à travailler ensemble, dans les comités opérationnels et les comités de suivi et d’évaluation qui vont être mis en place pour assurer la mise en oeuvre de « l’après Grenelle ».

Le Grenelle devrait aussi permettre d’enclencher une nouvelle dynamique nationale dans de nombreux secteurs. En matière d’habitat et d’urbanisme, de transports, de gouvernance, les premières mesures annoncées devraient avoir des effets d’entraînement significatifs. Il en sera de même sans doute dans le domaine agricole, malgré quelques points de frictions tout à fait prévisibles, ou dans le domaine de la santé. On peut regretter que le Grenelle ne débouche pas directement sur un changement de paradigme fiscal et économique, mais des propositions intéressantes sont sorties des groupes de travail, et nous ferons en sorte qu’elles ne restent pas lettre morte.

Il faut aussi raisonner dans une perspective plus globale. De nombreux chantiers doivent être discutés et mis en oeuvre avec nos partenaires européens. La présence de M. Barosso à l’Elysée, pour la clôture officielle des tables rondes, est à ce titre de bon augure. La présidence française de l’union sera un rendez-vous important, que nous suivrons avec attention. Au delà de l’Europe, il faudra que la France reprenne l’initiative sur les grands accords et traités internationaux, et surtout sur leur mise en oeuvre. Mais c’est en étant lui même exemplaire que notre pays sera le mieux à même de le faire. De grands témoins, comme Lester Brown, ne sont pas restés insensibles à ce qui s’est passé chez nous. Le tout juste nobélisé Al Gore a lui même appelé à un « Grenelle mondial ». A suivre...

La biodiversité, en métropole et en outre mer, peut provisoirement donner l’impression d’avoir été le « parent pauvre » de ce Grenelle. Des principes forts et structurants en sont pourtant sortis, mais assortis pour le moment de missions d’études parlementaires qui doivent en étudier les modalités, comme pour la « trame verte et bleue », ou même l’opportunité, comme pour l’idée d’une « Agence de la nature ». Mais dans ce domaine aussi, de nombreux rendez-vous sont pris, ou nous répondrons présents.

Au final, nous n’avons pas à rougir de notre participation au Grenelle de l’environnement, ni à avoir honte d’afficher notre satisfaction. Certes, rien n’est fait, et tout commence. Mais nous n’attendions pas naïvement que le Grenelle règle d’un coup de baguette magique, ou par décret, tous les problèmes de l’environnement. Nous n’attendons pas plus aujourd’hui qu’hier que tout vienne « d’en haut ». Un travail considérable commence, sur le terrain, pour négocier les modalités de mise en oeuvre des mesures issues du Grenelle.

Mais nous avons un atout de plus en mains : Les associations de protection de la nature et de l’environnement (APNE) sont désormais des interlocuteurs incontournables. L’esprit d’ouverture et le sérieux dont nous avons fait preuve durant ce Grenelle ont renforcé notre crédibilité. Nous ne sommes plus seulement entendus, mais écoutés. Et notre motivation et notre mobilisation sont intactes !