Ce sont près de 10.000 espèces d’oiseaux qui nous accompagnent aujourd’hui. Ils sont, comme le disait joliment Madeleine Renaud, « les derniers animaux sauvages que l’on peut voir facilement ».

Pour combien de temps encore ?

Si on compte en terme d’espèces, ce sont, d’après la liste rouge de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN), "seulement" 12,5 % des espèces qui sont aujourd’hui menacées. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est la réduction, et on pourrait même parler d’effondrement, des effectifs d’oiseaux jadis communs. Les espèces ne disparaissent pas, elle migrent vers des gradients de latitudes ou les températures leurs sont plus favorables, pour tenter de contrecarrer les effets du bouleversement climatique. Mais les oiseaux, à l’exception de quelques espèces opportunistes, ont de plus en plus de mal à s’adapter aux transformations que subissent leurs habitats, aux obstacles multiples que nous mettons sur leur routes et aux prédateurs dont nous aimons nous entourer.

Quelques exemples, qu’on peut trouver au fil des pages du livre d’Alan Weisman « Homo disparitus » :

Sur le seul territoire des Etats-Unis, le Fish and WildLife Service estime que près de 200 millions d’oiseaux périssent chaque année en heurtant, la plupart de nuit ou par mauvaise visibilité, les pylônes des relais de télévision, dont le champ électromagnétique brouille leur système de guidage. Eclairer les pylônes aggrave les choses, les oiseaux sont alors attirés par ces lumières qui les guident vers un choc fatal.

Les pylônes électriques, moins hauts mais plus nombreux, et surtout reliés par des câbles, sont eux aussi des pièges mortels. On estime que depuis 1975, les effectifs de certaines espèces auraient chutés de 60% de leur fait.

Les fenêtres et grandes baies vitrées, et maintenant certains immeubles entièrement recouverts de verre, sont eux aussi des pièges pour nos amis à plumes, qui ne « savent » pas les interpréter comme des obstacles et foncent droit dessus. Ils seraient ainsi plus d’un milliard à périr chaque année.

D’autres obstacles sont eux mobiles : Toujours rien qu’aux Etats-Unis, ce sont 60 à 80 millions d’oiseaux qui meurent chaque année en percutant un véhicule à moteur.

Notre compagnon favori, Felix le chat, peut être fier de son tableau de chasse. Il est responsable du trépas de plusieurs Milliards d’oiseaux de part le monde. A coté, la chasse de loisir fait pâle figure : Quelques centaines de millions de victimes chaque année, tout au plus. Mais les oiseaux ont-ils vraiment besoin de ce coup de grâce ?

Je n’ai listé là que les causes les plus visibles, « physiques », de la mortalité des oiseaux. J’oublie bien sûr la raréfaction de leurs habitats naturels, celle des insectes, des petits invertébrés et vertébrés, ou encore des baies sauvages dont ils se nourrissent, de même que la toxicité diffuse (pesticides, perturbateurs endocriniens), dont ils subissent les effets, eux aussi, et qui affaiblissent leur potentiel reproductif ou leur système immunitaire. Il y a aussi la contagion, par contact accidentel avec des oiseaux domestiques. Les oiseaux sauvages ne sont pas les vecteurs de la grippe aviaire, qui transite en suivant les routes commerciales. Mais ils en sont aussi les victimes.

Rachel Carson publiait en 1962 « Printemps silencieux », pour alerter sur les effets dévastateurs de certaines molécules, en premier le DDT. Son titre reste hélas prémonitoire, et les causes sont désormais multifactorielles.

La prochaine fois que vous entendrez chanter un oiseau, écouter le bien pour vous en souvenir. Vos enfants et petits enfants n’auront peut être pas cette chance. Un monde sans oiseaux serait-il seulement vivable pour nous ? Devrons nous diffuser dans les lieux publics, pour lutter contre le stress et la dépression, des chants d’oiseaux enregistrés, piètres ersatz d’une nature oubliée ?

Ou saurons nous nous ressaisir à temps, comme nous savons parfois le faire en situation d’urgence, et laisser, parce que c’est un impératif éthique et vital, une place au vivant, dans toute sa diversité, dans ce futur que nous inventons ?