Noolithic : Le Blog

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

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L’environnement du Grenelle

Publié le jeudi 15 novembre 2007

On aura à peu près tout lu, tout entendu sur le « Grenelle de l’environnement », depuis son annonce officielle au mois de mai.

Il y a ceux pour qui ce ne serait jamais qu’un coup médiatique, ceux qui étaient d’avance sûr que ça ne servirait à rien, ceux qui pensaient que ça n’irait de toute façon pas assez loin, et que ça ne serait pas à la hauteur de l’enjeu. De l’autre coté, il y avait bien sûr ceux qui ne voulaient surtout pas que ça aille « trop loin », voire que ça remette en cause quoi que ce soit.

Pendant l’exercice lui même, des travaux préparatoires des groupes de travail aux tables rondes finales, il y avait les sceptiques, ceux qui d’avance étaient sûrs que le Grenelle ferait reculer la cause sociale en reportant tous les efforts à faire sur les plus défavorisés, ceux qui voulaient pouvoir continuer à rouler à 130 km/h et que, urgence écologique ou pas, on pouvait bien faire ce qu’on voulait, pourvu qu’on ne touche surtout pas ni à leur « bagnole », ni à leur portefeuille. Et puis il y avait bien sûr ceux qui se sont dit que c’était une formidable occasion de revenir sur le principe de précaution, coupable à leur yeux de plonger notre pays dans le marasme économique et de freiner la croissance en bloquant toute innovation.

Ils doivent être bien déçus aujourd’hui tous ceux là. Non, le Grenelle n’a pas débouché sur une assommante litanie de mesures fiscales qui viendraient peser sur le pouvoir d’achat ou sur la compétitivité des entreprises. Oui, le Grenelle a bien confirmé le principe de précaution, rappelant au passage avec force qu’il n’est non pas un principe d’abstention, mais bien un principe d’action. Oui, le Grenelle a permis quelques avancées significatives, et non, il n’a pas produit qu’un catalogue de déclarations d’intentions, écrites d’une plume trempée dans l’eau tiède et les bon sentiments.

Pour la forme, il s’en trouve encore certains, nostalgiques d’un temps révolu ou des écologistes « héroïques » passaient leur temps à croiser le fer contre les lobbies de tout poil et contre la représentation nationale, pour regretter que personne n’ait claqué la porte des négociations, et que tout ce soit, finalement, bien passé. Ceux là devront réviser leurs classiques : Sur ce point précis, le Grenelle aura sans doute plus illustré une transition déjà à l’oeuvre depuis plusieurs années, qu’il n’aura été une véritable révolution. Oui, les associations de protection de la nature savent négocier, proposer, s’engager et agir, y compris là où on ne les attend pas forcément, par exemple sur l’économie. Oui, les associations de protection de la nature savent discuter avec des acteurs économiques, des syndicats, des élus, des administrations. Ce que le Grenelle apporte, comme véritable nouveauté, c’est un cadre officiel et récurrent au dialogue entre les acteurs.

Pour en finir avec les déçus, mentionnons enfin une dernière catégorie, à venir : Ceux qui espèrent que les associatifs, éblouis par les ors des palais de la république, rassasiés par les somptueux buffets qu’on y sert et hypnotisés par les beaux discours, les laisseront enfin polluer et détruire la nature en toute tranquillité, et nuire à la santé publique sans réagir. Désolé. Nous resterons ceux que vous avez connus : Ouverts, mais vigilants. Nous saurons, comme nous l’avons été, être force de proposition, mais il faudra aussi compter sur nous pour informer, alerter et contester à chaque fois que ce sera nécessaire.

Que restera t-il du Grenelle de l’environnement ?

Il est encore bien tôt pour dire si le Grenelle aura été, comme il l’ambitionne, un tournant historique ou pas. Mais ce qu’on peut d’ores et déjà constater, c’est qu’il a permis un travail inédit de créativité et de co-construction, qu’attestent les rapports produits par les groupes de travail, documents qu’il ne faudra surtout pas enterrer mais garder comme référence pour les nombreux chantiers à venir.

Il aura aussi été un rendez-vous formel d’une ampleur inédite entre 5 catégories d’acteurs qui ont à cette occasion appris à mieux se connaître. L’état, les collectivités, les entreprises, les syndicats et les associations de protection de la nature ont désormais pris ensemble des engagements. Ils vont continuer à travailler ensemble, dans les comités opérationnels et les comités de suivi et d’évaluation qui vont être mis en place pour assurer la mise en oeuvre de « l’après Grenelle ».

Le Grenelle devrait aussi permettre d’enclencher une nouvelle dynamique nationale dans de nombreux secteurs. En matière d’habitat et d’urbanisme, de transports, de gouvernance, les premières mesures annoncées devraient avoir des effets d’entraînement significatifs. Il en sera de même sans doute dans le domaine agricole, malgré quelques points de frictions tout à fait prévisibles, ou dans le domaine de la santé. On peut regretter que le Grenelle ne débouche pas directement sur un changement de paradigme fiscal et économique, mais des propositions intéressantes sont sorties des groupes de travail, et nous ferons en sorte qu’elles ne restent pas lettre morte.

Il faut aussi raisonner dans une perspective plus globale. De nombreux chantiers doivent être discutés et mis en oeuvre avec nos partenaires européens. La présence de M. Barosso à l’Elysée, pour la clôture officielle des tables rondes, est à ce titre de bon augure. La présidence française de l’union sera un rendez-vous important, que nous suivrons avec attention. Au delà de l’Europe, il faudra que la France reprenne l’initiative sur les grands accords et traités internationaux, et surtout sur leur mise en oeuvre. Mais c’est en étant lui même exemplaire que notre pays sera le mieux à même de le faire. De grands témoins, comme Lester Brown, ne sont pas restés insensibles à ce qui s’est passé chez nous. Le tout juste nobélisé Al Gore a lui même appelé à un « Grenelle mondial ». A suivre...

La biodiversité, en métropole et en outre mer, peut provisoirement donner l’impression d’avoir été le « parent pauvre » de ce Grenelle. Des principes forts et structurants en sont pourtant sortis, mais assortis pour le moment de missions d’études parlementaires qui doivent en étudier les modalités, comme pour la « trame verte et bleue », ou même l’opportunité, comme pour l’idée d’une « Agence de la nature ». Mais dans ce domaine aussi, de nombreux rendez-vous sont pris, ou nous répondrons présents.

Au final, nous n’avons pas à rougir de notre participation au Grenelle de l’environnement, ni à avoir honte d’afficher notre satisfaction. Certes, rien n’est fait, et tout commence. Mais nous n’attendions pas naïvement que le Grenelle règle d’un coup de baguette magique, ou par décret, tous les problèmes de l’environnement. Nous n’attendons pas plus aujourd’hui qu’hier que tout vienne « d’en haut ». Un travail considérable commence, sur le terrain, pour négocier les modalités de mise en oeuvre des mesures issues du Grenelle.

Mais nous avons un atout de plus en mains : Les associations de protection de la nature et de l’environnement (APNE) sont désormais des interlocuteurs incontournables. L’esprit d’ouverture et le sérieux dont nous avons fait preuve durant ce Grenelle ont renforcé notre crédibilité. Nous ne sommes plus seulement entendus, mais écoutés. Et notre motivation et notre mobilisation sont intactes !

Qu'on se le dise !

Publié le lundi 12 novembre 2007

J’ai le plaisir de vous informer, chers amis lecteurs, que je serais, très probablement, disponible pour une nouvelle mission à partir du 2 janvier 2008.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter mon CV, au format pdf, en cliquant ici.

Je recherche un emploi dans l'accompagnement de projets et d'organisations innovantes, dans une perspective stratégique de développement durable. Si cette opportunité était susceptible de vous intéresser, n’hésitez pas à me contacter directement, pour en discuter en toute liberté, ne serait-ce que pour faire connaissance à cette occasion.

Et bien sûr, si vous n’êtes pas vous même intéressé, faites passer l’information à ceux qui pourraient l’être, c'est une opportunité qui ne se représentera peut être pas avant longtemps. ;-)

Durablement vôtre,

Emmanuel

Sauver le Monde

Publié le jeudi 8 novembre 2007

« Je veux seulement sauver le monde. Le probleme, c'est que le monde ne le veut pas... C'est la seule vraie faille dans mon plan. »

Lester Brown

Ci après, le chiffrage de son "Plan B pour sauver le Monde"

Total : 161 Milliards de dollars, soit l'équivalent du sixième budget militaire du monde, se décomposant comme suit :

Objectifs sociaux de base (en milliards de dollars par an)
Education primaire universelle : 12
Eradication de l'illettrisme des adultes : 4
Programme de repas scolaires dans les 44 pays les plus pauvres : 6
Assistance préscolaire et aux femmes enceintes
des 44 pays les plus pauvres : 4
Soins prénataux et planning familial : 7
Couverture maladie universelle de base : 33
Comblement du déficit en préservatifs et prévention du sida : 2
Total volet social : 68 milliards de dollars

Objectifs environnementaux (en milliards de dollars par an)
Restauration des forets : 6
Protection des terres arables agricoles : 24
Restauration des prairies : 9
Stabilisation des nappes phréatiques : 10
Restauration des ressources marines : 13
Protection de la biodiversité : 31
Total volet environnemental : 93 milliards de dollars

A la lecture de ses chiffres - qui ne sont bien sûr, que des ordres de grandeurs, mais permettant de bonnes comparaisons - ce qui m'a frappé, et me semble particulièrement significatif, c'est que le deuxième poste le plus élevé (de peu, après la couverture maladie universelle) va à la protection de la biodiversité, et qu'une autre part significative va à la restauration des services environnementaux. Belle illustration de leur importance capitale pour le bien être humain. Voilà qui devrait nous inspirer pour la mise en oeuvre de "l'après Grenelle".

Changement climatique - quelles perspectives pour l'agriculture méditerranéenne ?

Publié le jeudi 8 novembre 2007

Mercredi 21 novembre 2007 au CMCI - Marseille

Med@gricolae,

Méditerranée et agriculture
Changement climatique - quelles perspectives pour l'agriculture méditerranéenne ?
Pour de nouveaux partenariats agricoles méditerranéens

L'agriculture joue un rôle stratégique pour l'équilibre de la Méditerranée. Les effets du changement climatique auront une incidence en matière d'aménagement du territoire, d'économie et de cohésion sociale pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et les pays du bassin méditerranéen.

L'anticipation des conséquences de ces changements par la prise de conscience et l'adoption de nouveaux comportements, crée des opportunités économiques en lien direct avec la nécessité d'un environnement de qualité et les logiques de développement durable. Le monde agricole est en pleine mutation. A l'aube de la libéralisation des échanges agricoles entre l'Europe et les pays du bassin méditerranéen, les agriculteurs, producteurs de matières premières alimentaires et de matières premières à finalités énergétiques se doivent nouer de nouveaux partenariats.

Programme :
9h – 9h30 - accueil
9h 30 – 11h – Bernard SEGUIN – Directeur de recherche, unité AGROCLIM – INRA Avignon, responsable de la mission – changement climatique et effet de serre
Débat
11h – 12h30 – Quels nouveaux partenariats agricoles en Méditerranée

Contact et information: Colette FARAVEL – 06 80 844 195 - info.agricolae@wanadoo.fr

Les relevés de décision du Grenelle concernant la biodiversité sont - enfin - publié

Publié le mercredi 7 novembre 2007

Après un certain suspens - le temps de tester notre motivation ? - les relevés de décision des tables rondes finales concernant la biodiversité sont (enfin) publiés.

Vous pouvez les télécharger, au format pdf, en cliquant sur les liens ci après :

- Stopper la perte de biodiversité
- Qualité écologique des eaux
- Agriculture écologique et productive et valorisation durable de la ressource forestière
- OGM
- Biocarburants, biocombustibles
- Outre-Mer

Bonne lecture, et à lire vos commentaires !

Eloge de la (bio)diversité

Publié le mardi 6 novembre 2007

Un peu de "systémique" :

  • - Un réseau est riche du nombre des connections entre les "noeuds" qui le composent,
  • - Un système est riche des interactions entre les éléments qui le composent,

Si vous supprimez un élément du système, vous perdez bien sûr l'élément en question, mais vous perdez surtout toutes les connections et les interactions qu'il avait avec tous les autres. Une des principales propriété des réseaux denses, c'est leur "résilience", c'est à dire la capacité à encaisser les coups et à retrouver un fonctionnement optimal après une crise. C'est pour cela qu'Internet a été conçu au départ : Comme un réseau de communication décentralisé, multi-nodal, capable de mieux résister aux agressions qu'un système centralisé ou hiérarchique.

En l'occurrence, les systèmes complexes artificiels, tels Internet, n'ont fait que s'inspirer, peut être inconsciemment, du vivant.

Un écosystème complexe est riche des espèces vivantes qui le composent et surtout de leurs interactions. Il est plus résistant aux agressions qu'un écosystème "appauvri". Il sera aussi plus à même de se reconstruire et de restaurer ses "fonctionnalités" après une crise passagère (un épisode de sécheresse par exemple). Eliminez l'une après l'autre, au hasard, les espèces dont il est peuplé, et l'écosystème perdra en productivité et en stabilité, d'abord progressivement, puis, au franchissement d'un seuil impossible à anticiper, il s'effondrera.

Il en est de même des sociétés humaines. Une société humaine qui perd sa diversité culturelle perd aussi de son potentiel créatif et de sa capacité d'apprentissage. Elle est à terme condamnée car elle ne saura pas "trouver le chemin" qui lui permettra de répondre positivement à la prochaine crise à laquelle elle sera confrontée.

Il en est de même pour les entreprises. Celles là même qui il y a quelques décennies ne recrutaient que des "clones", issus des mêmes grandes écoles et aux personnalités bien formatées ont radicalement changé leurs critères de sélection pour intégrer plus de diversité dans leurs programmes de recrutement. Parce que c'est politiquement correct ? Parce que c'est "dans l'air du temps" ? Peut-être. Mais surtout parce que c'est dans leur intérêt bien compris. Et qui le leur reprocherait ?

Les oiseaux communs le seront-ils encore longtemps ?

Publié le vendredi 2 novembre 2007

Ce sont près de 10.000 espèces d’oiseaux qui nous accompagnent aujourd’hui. Ils sont, comme le disait joliment Madeleine Renaud, « les derniers animaux sauvages que l’on peut voir facilement ».

Pour combien de temps encore ?

Si on compte en terme d’espèces, ce sont, d’après la liste rouge de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN), "seulement" 12,5 % des espèces qui sont aujourd’hui menacées. Mais ce qui est plus inquiétant encore, c’est la réduction, et on pourrait même parler d’effondrement, des effectifs d’oiseaux jadis communs. Les espèces ne disparaissent pas, elle migrent vers des gradients de latitudes ou les températures leurs sont plus favorables, pour tenter de contrecarrer les effets du bouleversement climatique. Mais les oiseaux, à l’exception de quelques espèces opportunistes, ont de plus en plus de mal à s’adapter aux transformations que subissent leurs habitats, aux obstacles multiples que nous mettons sur leur routes et aux prédateurs dont nous aimons nous entourer.

Quelques exemples, qu’on peut trouver au fil des pages du livre d’Alan Weisman « Homo disparitus » :

Sur le seul territoire des Etats-Unis, le Fish and WildLife Service estime que près de 200 millions d’oiseaux périssent chaque année en heurtant, la plupart de nuit ou par mauvaise visibilité, les pylônes des relais de télévision, dont le champ électromagnétique brouille leur système de guidage. Eclairer les pylônes aggrave les choses, les oiseaux sont alors attirés par ces lumières qui les guident vers un choc fatal.

Les pylônes électriques, moins hauts mais plus nombreux, et surtout reliés par des câbles, sont eux aussi des pièges mortels. On estime que depuis 1975, les effectifs de certaines espèces auraient chutés de 60% de leur fait.

Les fenêtres et grandes baies vitrées, et maintenant certains immeubles entièrement recouverts de verre, sont eux aussi des pièges pour nos amis à plumes, qui ne « savent » pas les interpréter comme des obstacles et foncent droit dessus. Ils seraient ainsi plus d’un milliard à périr chaque année.

D’autres obstacles sont eux mobiles : Toujours rien qu’aux Etats-Unis, ce sont 60 à 80 millions d’oiseaux qui meurent chaque année en percutant un véhicule à moteur.

Notre compagnon favori, Felix le chat, peut être fier de son tableau de chasse. Il est responsable du trépas de plusieurs Milliards d’oiseaux de part le monde. A coté, la chasse de loisir fait pâle figure : Quelques centaines de millions de victimes chaque année, tout au plus. Mais les oiseaux ont-ils vraiment besoin de ce coup de grâce ?

Je n’ai listé là que les causes les plus visibles, « physiques », de la mortalité des oiseaux. J’oublie bien sûr la raréfaction de leurs habitats naturels, celle des insectes, des petits invertébrés et vertébrés, ou encore des baies sauvages dont ils se nourrissent, de même que la toxicité diffuse (pesticides, perturbateurs endocriniens), dont ils subissent les effets, eux aussi, et qui affaiblissent leur potentiel reproductif ou leur système immunitaire. Il y a aussi la contagion, par contact accidentel avec des oiseaux domestiques. Les oiseaux sauvages ne sont pas les vecteurs de la grippe aviaire, qui transite en suivant les routes commerciales. Mais ils en sont aussi les victimes.

Rachel Carson publiait en 1962 « Printemps silencieux », pour alerter sur les effets dévastateurs de certaines molécules, en premier le DDT. Son titre reste hélas prémonitoire, et les causes sont désormais multifactorielles.

La prochaine fois que vous entendrez chanter un oiseau, écouter le bien pour vous en souvenir. Vos enfants et petits enfants n’auront peut être pas cette chance. Un monde sans oiseaux serait-il seulement vivable pour nous ? Devrons nous diffuser dans les lieux publics, pour lutter contre le stress et la dépression, des chants d’oiseaux enregistrés, piètres ersatz d’une nature oubliée ?

Ou saurons nous nous ressaisir à temps, comme nous savons parfois le faire en situation d’urgence, et laisser, parce que c’est un impératif éthique et vital, une place au vivant, dans toute sa diversité, dans ce futur que nous inventons ?