Par Yorghos Remvikos, oncologue, vice-président de VivAgora et Représentant de la Ligue ROC au Groupe 3 du Grenelle de l'environnement - “Comment assurer un environnement respectueux de la santé”

La participation au Grenelle, tout au moins pour ce qui concerne notre groupe, correspond à un exercice auquel nous nous sommes pliés, dans le respect des partenaires assis autour de la table. Bien sûr les divergences existent, même si elles ne se sont pas toujours exprimées avec clarté. Mais nous n’avions pas anticipé que certains allaient s’inviter au débat pour, disons le, le parasiter.

Nous souhaitons donc déclarer que le rapport des académies sur le lien cancer environnement, publié à grand fracas, est inacceptable sur le fond et sur la forme. La méthode qui consiste à déclarer que seules les études soit-disant sérieuses étaient prises en considération, d’ailleurs selon quels critères, correspond à un autre âge. Des centaines de publications internationales, parues dans des journaux avec comité de lecture, donc ayant reçu une validation par les pairs, sont passées sous silence. Les auteurs, selon une approche comptable qui privilégie exclusivement les causes arithmétiquement importantes, tentent de détourner l’attention, en tout cas de l’objet qui a été au centre de nos discussions : “Comment assurer un environnement respectueux de la santé”. Nous pourrions comparer leur démarche à celle d’observateurs qui, ayant choisi des lunettes de faible grossissement, nous rapportent qu’ils n’auraient vu que des éléphants. Jusque-là il n’y a pas de problème. Sauf que, sur la base de leurs observations, ils cherchent aussi à nous convaincre que les éléments de plus petite taille pourraient ne pas exister, ce qui, du point de vue de la méthode scientifique, est pour le moins discutable.

Ce rapport est peu crédible sur ces conclusions y compris chiffrées. Ainsi, le chiffre de 4012 cas de cancers d’origine professionnelle est avancé (nous admirons la précision). Dans les chiffres récents de l’InVS, il est spécifié que 2500-5000 cas de cancers du poumon chez l’homme seraient attribuables à des causes professionnelles. La CNAM, dans ces publications sur les cancers professionnels (une action prioritaire), cite la fourchette de 11000-23000 cas par an. D’un point de vue moral, la présentation du rapport est scandaleuse. En effet, pour estimer les cas attribuables aux expositions professionnelles, on se base sur nos connaissances de l’exposition des travailleurs à des cancérigènes reconnus comme certains. Ceci signifie que les cancers d’origine professionnelle sont à 100% (ou presque) évitables, si l’on se donnait la peine d’agir sur l’exposition, par des interdictions ou, à la rigueur des mesures de protection drastiques.

L’état d’esprit des auteurs est détestable à plus d’un titre. L’obésité est reconnue comme facteur de risque, par ailleurs, sans que l’explication mécanistique ne soit abordée. Comme dans l’ensemble du rapport, l’accent est mis sur les défauts comportementaux, c’est-à-dire que les individus deviennent obèses par ce qu’ils mangent mal et qu’ils ne font pas assez d’exercice physique. Au lieu de culpabiliser le public, les auteurs auraient pu aussi faire allusion aux causes émergeantes de l’obésité, impliquant l’exposition à des substances qui perturbent l’équilibre hormonal, en particulier l’axe thyroïdien.

En clair, l’effet de la pollution est classé dans les controverses (le rapport du PNSE n’a pas été lu apparemment), les pesticides n’auraient que des effets négligeables, les perturbateurs endocriniens ne sont même pas cités et la dioxine, pourtant classée comme cancérigène certain par l’IARC (cosignataire du rapport), ne serait finalement pas si dangereuse.

En conséquence, nous souhaitons que notre groupe de travail se prononce sur le fait que ce rapport est inopportun, la méthodologie de travail est sujette à caution et l’exploitation médiatique, de ce qui n’est finalement qu’une prise de position, scandaleuse. Rappelons, comme le disait M. Philippe Hubert, que les épidémiologistes ont tendance à reconnaître les relations causales avec une probabilité significative, qu’après avoir comptabilisé quelques convois de cercueils. A l’inverse, dans notre groupe, il a été souligné en introduction (personne n’a contesté le principe), que désormais l’absence de preuve ne doit pas être assimilée à une absence de risque et, surtout, ne doit pas entraîner de la part des pouvoirs publics l’attentisme, comme ce fut, malheureusement, parfois le cas par le passé.