Sous le prétexte de faire pratique, de réduire les coûts (ceux du producteur, pas ceux subis par la société), on nous aura quasiment tout fait.

On fait du jetable. C’est tendance le jetable. C’est mode, en tout cas pour certains : Des rasoirs jetables, des lingettes jetables, des vidéos jetables (pas besoin de les rapporter chez le loueur, après lecture vous jetez le DVD à la poubelle), on a même vu des téléphones portables jetables !

Au delà de cette face « visible » du jetable, de nombreux appareils qui étaient réparables il y a quelques années ne le sont plus. Parce que ça coûterait plus cher (en main d’œuvre) de les réparer que de les remplacer. Du coup, vos téléphones portables, vos agendas électroniques, vos lecteurs MP3, vos appareils photos numériques, et tant d’autres objets plus ou moins volumineux ne sont désormais plus réparés. En cas de pépin : on jette et on vous en fourgue un autre, gratuitement s’il est encore sous garantie, sinon, désolé Monsieur, cet appareil ne se fait plus mais nous avons celui là qui est encore plus performant pour le même prix. Et c’est pourquoi on trouve de plus en plus d’appareils qui ne sont même plus démontables. L’électronique, batterie incluse, est scellée dans une coque en plastique. Plus de vis ni de rivet. Même avec les meilleures intentions du monde, vous ne pourrez pas l’ouvrir sans le casser. Donc pas la peine d’essayer de le réparer. C’est du jetable, même s’il est sensé servir plus qu’une seule fois.

Et on ne s’arrête pas en si bon chemin.

Quand j’étais plus jeune – et ma jeunesse ne remonte pas au paléolithique inférieur – la fièvre aphteuse se soignait. Quand on trouvait une vache malade dans un troupeau, on la mettait en quarantaine, on lui administrait un traitement approprié et après guérison elle pouvait réintégrer le troupeau, ou elle continuait sa carrière de vache laitière ou engraissait tranquillement en attendant son destin de futur steack haché… N’importe quel vétérinaire de campagne, à la retraite ou en fin de carrière, vous le confirmera.

Rappelons que la fièvre aphteuse, certes très contagieuse entre animaux, ne l’est pratiquement pas – sauf conditions bien particulières, et uniquement par contact physique avec l’animal malade vivant – à l’homme. Par ailleurs, c’est une maladie qui demeure la plupart du temps bénigne et n’est pas mortelle.

Mais aujourd’hui, pour montrer qu’on fait quelque chose, on a tendance à remplacer l’action par l’agitation (médiatique surtout). Parce que le consommateur, et surtout le téléspectateur, veut du risque zéro, parce qu’il faut lui montrer à tout prix que l’on prend des mesures énergiques et qu’on applique le « principe de précaution » (pauvre principe de précaution – servi à toutes les sauces sauf là ou il serait pertinent), on fait dans la surenchère. Une vache est malade ? On abat tout le troupeau. Une vache serait peut être malade ? On abat tout le troupeau.

Résultat : Pour 2 cas avérés et incontestables de fièvre aphteuse en Angleterre, près de 600 vaches abattues.

Déjà qu’avec l’industrialisation de l’agriculture, les barrières entre l’inanimé et le vivant étaient déjà écornées – tant nous avons tendance à considérer les animaux comme de simples choses (une vache est une machine à produire du lait, n’est-ce pas, comme un cochon une machine à produire du jambon, etc). Nous en aurions oublié que ce sont avant tout des êtres vivant, donc sensibles, et que, si nous ne voulons leur attribuer de droits, nous aurions au minimum quelques devoirs à leur égard.

Mais voilà maintenant qu’un animal est non seulement une chose, mais qu’il est désormais une chose jetable. Avant on réparait, maintenant on jette. Avant on soignait – pour l’essentiel parce qu’un animal vivant était d’abord un capital productif pour son éleveur, mais peut être aussi pour d’autres raisons. Maintenant on ne soigne plus : on abat.

Je sais. Il se passe des choses plus graves – bien plus graves - dans ce monde. Mais n’oublions pas que le respect que nous témoignons aux animaux nous renvoie en miroir l’image de ce que nous sommes vraiment. Et ce n’est pas toujours joli joli…