Emmurement volontaire
lundi 11 juin 2007 Par Emmanuel Delannoy, dans General -# 134 - Fil RSS
Au voisinage immédiat de l’endroit au j’habite, dans mon quartier, et le long des derniers kilomètres que je parcours à vélo pour aller ou revenir du travail, ils poussent. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Ils grignotent petit à petit l’espace en longeant les trottoirs, bouchent l’horizon, et remplacent les haies et les clôtures ouvertes. Il rendent les rues des villes de plus en plus inhospitalières, donnant au visiteur ou au promeneur le sentiment de ne pas être le bienvenu – circulez, il n’y a rien à voir. Ils rendent aussi la chaleur accablante en été, bloquant la circulation de l’air, et au contraire des haies végétalisées, ne dispensent guère généreusement leur ombre, mais continuent à renvoyer la chaleur qu’ils ont lentement accumulée.
Partout, dans les banlieues pavillonnaires, les clôtures, les haies d’arbustes, les grillages sur lesquels poussaient lierre ou chèvrefeuille, à travers lesquels on pouvait jeter un coup d’œil furtif sur un jardin ou un bosquet, disparaissent au profit d’abominables murs de parpaing, parfois grossièrement crépis, souvent grisâtres, comme s’ils étaient présalis. La plupart font dans les deux mètres de haut. Certains beaucoup plus. Certains sont agrémentés, pour faire joli sans doute, d’un peu de verre pilé à leur sommet ou d’un peu de fil barbelé.
Bienvenue en banlieue. Vous êtes ici chez vous.
Ce besoin compulsif de se sentir « chez soi », donc séparé et hors de vue des « autres », de se cacher derrière deux mètres de béton (à rapprocher, sans doute, de cette mode des vitres teintées sur les 4x4 et autres grosses voitures). Ce besoin de sentiment de sécurité, d’ailleurs totalement artificiel, ce repli sur soi et cet enfermement volontaire ne me disent rien de bon sur l’avenir du genre humain. A ce stade, ce n’est plus du « cocooning », c’est du « betoning ». Chez moi, c’est bien. Je suis en sécurité. Ailleurs – et l’ailleurs commence dès que je franchis le seuil de mon petit jardin – c’est dangereux.
Au passage, les villes et leurs « conurbations » deviennent hideuses et inhospitalières, pour tous, visiteurs de passage autant que résidents. Et c’est tout le « savoir vivre ensemble » qu’il faut réinventer et réapprendre à zéro.
Bienvenue chez nous. La France est un pays d’accueil.
Commentaires
#1 - Le mardi 12 juin 2007 à 22:26, par jean-claude
#2 - Le mercredi 13 juin 2007 à 15:26, par Damien
#3 - Le dimanche 17 juin 2007 à 10:20, par 2 plus n (lui)
#4 - Le lundi 25 juin 2007 à 15:24, par Scavenger
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