Je m’apprêtais mentalement à écrire une note sur la journée mondiale de la biodiversité, en évoquant aussi la rencontre d’hier à l’Elysée, qualifiée « d’historique » par tous les participants (et je n’ai aucune raison de contester ce jugement, le passage du constat partagé à la mise en œuvre d’un plan d’action négocié est effectivement une étape décisive, et ce qui va se passer dans les mois qui viennent est à suivre de près).

J’aurais bien aimé, et j’y reviendrai sans doute. Mais je viens de tomber sur une vraie bombe : L’augmentation des émissions de CO2 entre 2000 et 2004 se fait à un rythme plus que 3 fois supérieur à ce qu’il était dans les années 1990. C’est à dire que malgré Kyoto, non seulement les émissions de CO2 ne diminuent pas, mais qu’elles augmentent plus vite. Les émissions de CO2 augmentaient à un rythme de +1,1% /an durant les années 1990, alors qu’elles ont augmenté de 3,1% par an entre 2000 et 2004. (Source : Le Monde)

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, on est maintenant quasiment sûr que les océans ne pourront pas continuer à absorber indéfiniment les quantités astronomiques de CO2 que nous rejetons dans l’atmosphère. Non seulement l’acidification des océans due à l’augmentation du CO2 dissout dans les eaux constitue une menace pour de nombreux invertébrés marins (mollusques et crustacés, en particulier, qui constituent sous leur forme larvaire la base de la chaîne alimentaire), mais en plus on constate une saturation de la capacité d’absorption des océans, avec le risque qu’ils se mettent un jour à relâcher, plus ou moins brutalement, le trop plein.

Alors d’où vient cette augmentation ? Pour l’essentiel des pays en développement, notamment ceux qui comme la Chine ou l‘Inde connaissent une forte croissance économique, mais aussi de certains des pays les moins avancés, qui dépendent largement de sources d’énergies « sales », comme le charbon, pour faire face à la demande croissante de leur population. Faut-il alors leur interdire de se développer ? Non, bien sûr. Mais la grande leçon de tout ça, c’est que tous les efforts que nous ferons pour réduire nos émissions, si nous décidons de nous y mettre enfin sérieusement, ne prendront leur sens que si, et seulement si, comme on disait en cours de math, nous mettons en oeuvre une politique ambitieuse de codéveloppement avec les pays du sud, avec des transferts massifs de technologies propres, que ce soit dans les énergies renouvelables, mais aussi, et peut être surtout, dans l’efficacité énergétique (processus industriels et agricoles peu émetteurs de GES, isolation, amélioration des rendements, urbanisme et habitat intelligent, etc.)

Encore une fois, voilà le genre d'information qui confirme que nous n'avons plus de temps à perdre, et qu'il nous faut impérativement, dès maintenant, changer d'échelle dans l'action.