L'appel pour une refondation de l'écologie politique, objet de ma note précédente, m'inspire plusieurs réflexions :

- Nous sommes à un moment dangereux : Si le 21 avril reste un de mes pires souvenirs de citoyen, les soirs des 22 avril et 6 mai peuvent nous réserver pire encore. L'urgence écologique est plus que jamais à l'ordre du jour. Les cinq années qui viennent seront cruciales, et les premières semaines qui suivront les élections présidentielles donneront de bonnes indications sur la tendance. Entre abandon, découragement, rejet, repli vers le radicalisme ou l'utopie (lieu de nulle part, au sens étymologique), il nous faut choisir l'eu-topie, le lieu "meilleur". La résistance passe par la co-construction, la négociation, le compromis et les alliances les plus larges, parfois les plus inattendues. Dans certaines cultures, les concepts de "danger" et "d'opportunités" n'en font qu'un. A nous de transformer ce "danger" en opportunité réelle de reconstruction du paysage politique français (qui en a bien besoin). A nous d'ouvrir de nouveaux horizons, de sortir des carcans intellectuels préformatés. Faisons ce cadeau à nos enfants.

- "Il n'y aura pas d'écologie sans écologistes", "ne me laissez pas tomber", disait cette semaine Dominique Voynet. Vous avez souvent raison, Dominique, et votre campagne fut un modèle de dignité et d'intelligence. J'apprécie aussi particulièrement votre refus de la démagogie. Mais sur ce point vous vous trompez. Il y aura une écologie politique demain, elle reste à inventer, et nous aurons besoin de vous, de vos compétences et de votre expérience. Quelque soit votre score au premier tour, il ne s'agit pas de vous "laisser tomber", l'enjeu n'est pas là. Mais nous n'avons qu'un bulletin de vote à glisser dans l'urne, et il n'y aura que deux candidats au second tour.

- L'idée d'avoir une femme présidente de la république me séduit beaucoup. Cela constituerait il est vrai un précédent historique remarquable en soit. Mais cela ne sera pas une condition suffisante pour créer les conditions d'un nouvel équilibre politique, d'une nouvelle alliance entre la gauche et le centre, fondée sur les principes du développement durable. Il me semble que François Bayrou, s'il est présent au second tour, est celui qui à le plus de chance de faire obstacle à un retour d'une droite droitisée et décomplexée, qui risque de faire voler en éclat ce qui reste de cohésion nationale. Et parce qu'il a besoin de la gauche pour gouverner, c'est à mon avis lui qui incarne le mieux aujourd'hui cette opportunité de recomposer le paysage politique, pour qu'il reflète, enfin, la société française et réponde aux enjeux d'aujourd'hui. Cela ne se fera sans doute pas tout seul, et nous risquons de vivre un moment de "flottement", en attendant qu'un nouvel équilibre s'instaure. Mais cette "crise politique" annoncée par certains créera les conditions nécessaires à la relance d'une nouvelle dynamique. Et je préfère le flottement à la chape de plomb.

Il y a parfois des verrous qui sautent. Il faut savoir ouvrir la porte au bon moment. Au soir du 6 avril, les verrous risquent de se refermer pour cinq ans. Et le soir du 6 avril se prépare dès ce dimanche 22 avril.

Voilà des semaines que je suis tétanisé par cette échéance. Que je suis rongé par le doute, par la question de savoir quelle attitude adopter. Mais il n'y a qu'une attitude possible : Avancer.

Je ne me confie jamais sur mes choix politiques. Mais cette fois-ci, je me sens obligé de sortir du bois. L'enjeu le justifie. Je sais aussi que je choquerai par cette prise de position beaucoup des mes amis, certains très proches. Qu'ils soient assurés que je respecte plus que jamais leur convictions, et que nous continuerons à vivre et combattre ensemble, fraternellement.

Merci de votre patience si vous m'avez lu jusqu'ici.