Les damnés de la cédraie
mercredi 24 janvier 2007 Par Emmanuel Delannoy, dans General -# 67 - Fil RSS
« Le déboisement est une expression d’injustice sociale. »
Marcus Colchester
« La montagne marocaine, si l’on y prend garde, court vers sa ruine définitive. La destruction de la végétation engendre la ruine économique, et celle-ci provoque la dépopulation. »
Louis Emberger
Depuis le début de l’année, 26 personnes d’un même village sont mortes de pauvreté dans la cédraie marocaine.
Alors que la surexploitation forestière et pastorale de la cédraie dégage des profits considérables, notamment pour les communes dont les excédents annuels sont édifiants, les populations natives sont victimes d’un abandon extrême et d’un déshéritement total.
Il suffit de visiter les villages de ces régions pour que la vérité saute aux yeux. Chaque jour, depuis des décennies et des décennies, ils voient passer les camions de bois de cèdre et de chêne vert, ils voient se pétrifier la forêt dégarnie, ils n’en profitent pas. C’est tout juste s’ils ont droit au bois de feu. Chaque jour des troupeaux qui ne leur appartiennent pas ravagent l’écosystème jusqu’à la corde. C’est tout juste s’ils ont quelques bêtes.
De luxueux tous-terrains traversent parfois par leurs villages : ce sont leurs élus qui viennent leur arracher des voix avec des promesses fallacieuses ou des touristes qui leur lancent des bonbons et de menues monnaies. C’est tout juste s’ils peuvent, le jour du souk hebdomadaire, monter dans un camion, au milieu des bestiaux.
Qui peut encore penser que l’ombre d’un développement humain inspire un seul instant les décideurs de ces régions ?
Quand on parle d’un meilleur respect écologique du milieu, des forêts et des montagnes, on nous réplique que nous ne pensons qu’aux fleurs et aux papillons, pas aux habitants !
Ceux qui - DEPUIS TOUJOURS - sont les auteurs du pillage des ressources, de l’érosion de la biodiversité et du déni de jouissance aux populations locales sont-ils inspirés - eux - par le développement humain ?
Ceux qui sont en train de finaliser la désertification des Atlas ont-ils pensé - eux - aux populations ?
Habituellement, les Berbères des hautes vallées meurent dans l’oubli. Destin d’une injustice sociale flagrante dont chaque fois les autorités tentent de minimiser les chiffres et les faits.
Tous les peuples autochtones de cette planète ont été décimés dans l’oubli. Les Berbères sont au Maroc depuis 30.000 ans. Mais les Berbères ne sont pas les Papous de la cédraie, ils seraient plutôt les Incas de l’Atlas. Ils habitent soi-disant de hautes terres enclavées, mais ce n’est ni au Pakistan, ni en Afghanistan, encore moins en Amazonie. Ce n’est qu’à une journée de l’Europe.
Déjà, en 1980, quelque 80 personnes de cette même région étaient mortes de malnutrition lors d’un hiver rigoureux et les médias s’en étaient fait l’écho.
Il y a quelques jours, 24 bébés et 2 jeunes femmes viennent de succomber à nouveau.
Allez savoir pourquoi ces gens sont prêts à tout pour quitter leur pays ?
Michel R. Tarrier Maison de l’Écologie et des Écosystèmes du Maroc http://homepage.mac.com/jmdelacre/meem/
Voir d'autres ressources en ligne sur ce sujet à partir de cette page sur Biodiversité 2007
Commentaires
#1 - Le dimanche 21 octobre 2007 à 09:42, par la rumeur
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