Je brise un silence de quelques semaines (désolé, ... débordé, le besoin de faire le silence, de réfléchir, et le souhait de ne pas rajouter à la cacophonie générale), en cette journée placée sous le double signe de l'émotion et de la raison.

L'émotion d'abord, avec la disparition de l'abbé Pierre, et la perte qu'elle représente pour chacun de nous, en particulier pour les démunis, qu'il a avec tant de vigueur durant toute sa vie rendus visibles, dans un monde où les regards se détournent si facilement... Et où on voudrait tant se contenter de cacher la misère pour pouvoir l'oublier plus facilement. Arte lui a consacré ce soir un bel hommage, sobre, humain, sans trémolos pipole. (Mais avec le "Hallelujah" de Jeff Buckley en fond sonore ...)

La raison ensuite, avec la décision de Nicolas Hulot de ne pas se présenter à l'élection présidentielle. Je n'ignorait pas les vives controverses au sein de la Blogosphère que l'incertitude autour de sa possible candidature entrainait. Mais je n'ai pas voulu intervenir. Parce que cette décision n'appartient qu'à l'intéressé lui même. Mais je doit reconnaitre qu'il a fait le bon choix, et qu'il sera plus efficace, dans son combat pour l'écologie, "à coté" que "dans" l'arène. Et que sa possible candidature ne faisait qu'augmenter les risques d'un nouveau scénario catastrophe pour le second tour. Nicolas Hulot a sans doute lui aussi mis en balance ses émotions, sa révolte, et la raison. Et il aura peut être plus écouté, en ce cas de figure particulier, cette dernière.

Passion, émotion, révolte, "insurrection de la bonté", ou insurrection des consciences, face à l'urgence écologique, ne sont pas les ennemis de la raison, mais bien ses plus indispensables soutiens. A nous de savoir les conjuguer : Au passé, pour honorer et entretenir la mémoire de ceux qui ne sont plus, mais qui continuent à nous inspirer (je pense aussi à Théodore Monod), au présent, dans l'urgence de l'action, et au futur, par solidarité avec ceux à qui nous empreintons la terre...

Cet étrange 22 janvier 2007 a des allures de passage de relais...

L'histoire est pleine de rendez-vous manqués, dont les conséquences dramatiques apparaissent souvent plusieurs années, voire plusieurs générations après.

Ne ratons pas celui que nous propose aujourd'hui Nicolas Hulot, et son comité de veille, plus d'un demi siècle après l'appel lancé par l'abbé Pierre...