Et si Le Pen n'avait pas ses 500 signatures ?
lundi 27 novembre 2006 Par Emmanuel Delannoy, dans General -# 41 - Fil RSS
L'hypothèse, hélas probable, de la présence du candidat du Front National au second tour des présidentielles en 2007 matérialise une sorte de cancer, ou plutôt d'étouffement, de notre démocratie.
Au delà du malaise qu'on peut ressentir, voire de la honte, quand on s'adresse à des amis étranger (pour la patrie de Voltaire, de Condorcet, de Montaigne, de Diderot et de tant d’autres, il n'y a pas de quoi pavoiser...), cette menace récurrente constitue un véritable bouleversement du fonctionnement de nos institutions.
De facto, l’élection présidentielle devient un scrutin proportionnel à un tour, puisque celui (ou celle) qui arrive en tête (ou en second) au premier tour se retrouve quasi automatiquement élu, le second tour n’étant plus qu’une procédure d’élimination, par sens du devoir et par rejet plus que par conviction, du candidat du Front National. C’est ainsi qu’on a vu la Gauche voter massivement pour Chirac au second tour en 2002, et qu’on verrait, sauf surprise, et sans doute avec moins d’enthousiasme (si je peux dire), la Gauche voter Sarkozy, ou la Droite Voter Royal en 2007.
L’élection présidentielle, loin d’offrir l’opportunité d’un choix serein et réfléchi, « d’une rencontre entre un homme et un peuple », devient le lieu de stratagèmes risqués, complexes et anxiogènes, où certains jouent de la menace Le Pen pour culpabiliser ceux qui « ne voteraient pas utile » au premier tour tandis que d’autres (ou les mêmes) espèrent récupérer une partie de son électorat en recyclant ses thématiques et ses arguments. Risqué, et pas vraiment dans l’esprit d’une démocratie tournée vers l’avenir et fondée sur un débat constructif.
Bien sûr, le scénario reste ouvert. Une bonne surprise, une « troisième voix (et voie) » n’est pas exclue, ouvrant la perspective d’un grand « Ouf » de soulagement. Tout est encore possible. Mais en rester à attendre cette hypothèse en se croisant les bras et en comptant sur notre bonne étoile risque de ne pas être suffisant.
Il y a des « gens » qui ont le pouvoir de restaurer le fonctionnement « normal » de ce rendez vous électoral majeur et symbolique de notre démocratie, de faire en sorte qu’il reste un scrutin universel et direct à deux tour, tel que prévu par la constitution. Ces « gens », ce sont les élus, qui donneront prochainement leur parrainages aux candidats à l’élection présidentielle. Eux seuls, en l’absence d’une réforme institutionnelle qui ne viendrait de toute façon qu’après cette échéance, ont le pouvoir de faire que les élections présidentielles restent un temps fort de la vie démocratique, et donne aux plus jeunes électeurs l’envie de voter et de s’investir dans le débat démocratique. Eux seuls ont le pouvoir de décider quelle légitimité et quelle audience ils souhaitent donner à un parti ouvertement nationaliste et xénophobe, accueillant si généreusement en son sein des éléments racistes, antisémites, antiparlementaires et antidémocratiques.
Il sera désormais facile, pour tout citoyen, de savoir à qui leurs élus auront accordé leur parrainages. Faisons le savoir : Nous serons vigilants, et nous demanderons des comptes.
Commentaires
#1 - Le lundi 27 novembre 2006 à 19:53, par zara whites
#2 - Le lundi 27 novembre 2006 à 21:59, par isabelle
#3 - Le lundi 27 novembre 2006 à 22:26, par Emmanuel Delannoy
#4 - Le lundi 27 novembre 2006 à 23:56, par jean-claude
#5 - Le vendredi 8 décembre 2006 à 12:32, par Béret vert
#6 - Le vendredi 8 décembre 2006 à 13:25, par Emmanuel Delannoy
#7 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 18:47, par nono
#8 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 20:52, par Emmanuel Delannoy
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