Racistes !
samedi 9 septembre 2006 Par Emmanuel Delannoy, dans General -# 16 - Fil RSS
Aujourd'hui, en France, une personne sur trois se dit raciste, comme si s'était une opinion banale, comme une autre.
Pas vraiment rassurant à quelques mois d'une échéance électorale majeure dans notre pays, surtout si on se souvient d'un certain 21 avril 2002...
C'est, entre autres signaux inquiétants, ce que l'on peut lire dans le dernier rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme sur la « La Lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et la xénophobie ».
Mais faut-il s'en étonner ? Nous vivons depuis quelques années (depuis le 11 septembre 2001 ? Avant ?), sous l'emprise de la peur. La peur fait vendre du papier. Elle fait de l'audimat sur les télévisions et de l'audience à la radio. Attentats (ou tentatives d'attentats au cas où l'actualité ne nous en donnerait pas assez à nous mettre sous la dent), choc des civilisations, faits divers sordides, insécurité, y compris d'ailleurs l'insécurité économique, précarisation, exclusion, j'en passe...
La peur est un sujet fascinant. Elle permet de faire passer comme une lettre à la poste des lois sécuritaires, voire autoritaires, qui en d'autres temps auraient provoqué des débats vigoureux et des oppositions tenaces. En suscitant des reflexes de repli sur soi, la peur renforce l'individualisme. Elle maintient les gens en place. Et puis la peur fait vendre, aussi. Il faut bien se rassurer. Alors, ce n'est pas si mauvais que ça pour les affaires.
Mais le problème avec la peur, c'est que ça n'aide pas à penser, ni à prendre de la hauteur. Et la peur vient toujours de l'autre, de celui qui est différent.
Et si, même sans faire partie de ce tiers des français qui s'avoue raciste, nous n'avions pas nous aussi changé, inconsciemment, notre façon d'être ?
Et si nos silences, nos regards craintifs ou méfiants, les distances que nous mettons, ou ne franchissons pas, entre nous et l'autre ne contribuaient pas, ajoutés aux paroles haineuses et insultantes des racistes, à alourdir encore le climat ?
Il faut milles sourires, milles mains tendues, milles attentions délicates pour annuler l'effet d'une seule parole insultante, d'un seul regard haineux. C'est ce que Gould appelait « La grande assymetrie ».
Combien d'incivilités auraient pu être évitées si celui qui allait la commettre avait rencontré un regard amical, une oreille attentive, ou simplement trouvé un sourire à la place d'une machoire crispée par la peur et un regard méfiant ?
En allant plus loin, combien de vocations de kamikazes auraient être pu être ainsi évitées ?
Je sais. J'ai l'air de faire du bon sentiment. Et le bon sentiment a mauvaise presse. Il n'y a que les naïfs et les rêveurs pour y croire. Hitchcock disait : « On ne fait pas de bons films avec des bons sentiments ». Mais dans la vie, qu'est ce que ça coûte d'essayer ?
Commentaires
#1 - Le dimanche 10 septembre 2006 à 16:37, par isabelle
#2 - Le lundi 11 septembre 2006 à 07:24, par jcm
#3 - Le mardi 12 septembre 2006 à 10:09, par isabelle
#4 - Le dimanche 17 septembre 2006 à 03:48, par MOISE
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