J'ai failli mourir.

Littéralement, j'ai vu la mort en face.

Pas sous la forme d'un squelette drapé de noir et armé d'une grande faux, mais celle d'une voiture de sport noire, décapotable, transformée en projectile fonçant droit sur moi à toute allure parce que son propriétaire en avait perdu le contrôle.

C'est arrivé samedi matin, et je suis resté en état de choc pendant un bon moment, incapable même d'en parler après être rentré à la maison. Je descendais tranquillement une côte en vélo, sur une route large mais assez sinueuse, en roulant bien à droite. Des glissières de sécurité de chaque coté de la route rendaient toute échappatoire impossible. J'ai d'abord été frappé par le bruit, inouï, que faisaient les pneus de la voiture, partie en tête à queue, parce que son conducteur roulait trop vite en virage, ou à accéléré trop tôt. Puis j'ai vu la voiture (Une BMW, ou une Porsche ? Je n'en sais rien, mon attention ne s'est pas fixée sur ce détail) se diriger droit sur moi, en tournant sur elle même. Son conducteur avait l'air affolé. Je ne pouvais rien faire, sinon me serrer le plus possible à droite et accélérer le plus possible pour éviter le projectile. Et le bruit, insoutenable, du moteur qui s'emballait et des pneus qui ciraient. Finalement, la voiture m'a frôlée sur ma gauche (j'ai senti la chaleur des pneus), et a percuté la glissière de sécurité juste derrière moi. Apparemment, l'abruti qui était au volant n'a rien eu, et il est reparti de son coté, sans même s'arrêter, après avoir rebondi sur la barrière métallique.

Si j'avais été un 35 tonnes, ou même une autre voiture, il n'aurait sans doute pas pu raconter ses exploits à ses abrutis de copains. Je n'ai du mon salut qu'au fait d'avoir été en vélo, et suffisamment fin pour me glisser dans le petit espace qui me restait pour m'échapper.

C'est je genre de « Near Death Experience » dont on se passerait bien. Pas de quoi pavoiser, on en ressort plus traumatisé que vainqueur. Les deux secondes pendant lesquelles on croit qu'on va mourir semblent durer beaucoup plus longtemps. Et on ne pense qu'a une chose : Sauver sa peau.

Et juste après, vient la colère. L'angoisse de se dire que ce genre de bolide entre les mains d'abrutis qui s'en servent pour la frime, c'est comme autant d'épées de Damoclès au dessus de notre tête à tout moment.

C'est comme si, pour prendre un exemple absurde, on laissait des armes de destruction massive entre les mains de types comme Bush ou Poutine (Ah bon, ils en ont ? - Merde, on est mal alors).

Mais que faire ? Ne pas céder à la peur. Dimanche, je suis reparti faire deux heures de vélo. Mais j'étais stressé, pas détendu comme d'habitude. Et espérer qu'un jour on trouvera le moyen de ne pas mettre ces armes en puissance entre les mains de types incapables de les maîtriser, et de se maîtriser eux même. Mais il y a du chemin à faire, tant nous sommes dominés par nos instincts primaires, notre goût pour la puissance destructrice, tant un homme ordinaire devient un prédateur en puissance au volant d'une voiture, particulièrement celles qui sont conçues pour être « agressives ».

Comme certains sont possédés par le démon, certains automobilistes ne possèdent pas leur voiture. Il sont possédés par elle.