Il y a peu encore, les anglais disaient « she » en parlant d'un bateau (au lieu du « it », neutre). Cette particularité grammaticale était même reconnue officiellement, jusqu'à ce qu'une récente réforme la supprime théoriquement. C'est bien dommage : pourquoi supprimer une si charmante coutume ?

Heureusement, l'habitude est restée d'utiliser le féminin pour parler d'un bateau. Certains anglais, amoureux comme moi de la petite reine, utilisent aussi le féminin pour parler de leur bicyclette. Quoi de plus logique, tant ces deux objets incarnent de valeurs féminines, (grâce, légèreté, fluidité, agilité, mais aussi solidarité, frugalité, silence, ...), qui manquent à notre époque.

L'un comme l'autre n'ont besoin de presque rien pour avancer. Un navire n'a besoin que d'un peu de vent pour franchir les océans, une bicyclette se contentera de la seule énergie de son utilisateur, qui peut ainsi franchir les continents, pour peu qu'il le souhaite et en prenne le temps.

Parmi les quelques bicyclettes que j'ai possédé, ou possède encore, une Brompton, de facture anglaise justement, me semble incarner au plus haut point toutes ces qualités, en plus d'être, à mes yeux, très élégante. Cette toute petite bicyclette (pliée, elle tient dans une valise), a pris une grande place dans ma vie, tant elle me procure de plaisir et me rend de services.

J'ai, à chaque fois que je dois l'utiliser, le même plaisir intact, sensuel, presque érotique (combien de fois me suis-je endormi en y pensant), de me sentir soudain si léger, agile, rapide, avec le sentiment d'échapper pour un moment à ma condition d'animal terrestre lent et balourd pour me sentir « presque oiseau ». Ce bref sentiment d'évasion, d'envol vers une vie meilleure et plus légère, vaut, même s'il est illusoire, tous les « paradis artificiels ».

Mais vous avez parfaitement le droit de me considérer comme complètement cinglé ;-)