Noolithic : Le Blog

"Les hommes construisent trop de murs, et pas assez de ponts"
Isaac Newton

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Noolithic.com fait peau neuve

Publié le mardi 29 août 2006

Ca y est ! J'ai enfin pris le temps de mettre à jour le site www.noolithic.com, avec une présentation que j'espère un peu plus agréable, et une navigation plus aisée (un plan du site complet sera maintenant automatiquement mis à jour). Les deux sites jumeaux (en .org et en .com) sont maintenant à niveau, cohérents en termes de présentation, et si possible non redondants (le .com est destiné à recevoir des articles de fond, le .org restant un blog, a priori destiné à des textes plus courts, à des réactions à l'actualité, ou à des billets d'humeur...).

Noolithic.com étant une expérience d'intelligence collective, il est ouvert à vos contributions. Si vous avez des articles de fond, des thèses, mémoires et autres travaux en relation avec les thèmes traités par le site et que vous souhaitez les diffuser, n'hésitez pas à me les proposer.

A (re)découvrir : www.noolithic.com

Comment intégrer le « vivant » dans les stratégies d'entreprises ?

Publié le dimanche 27 août 2006

« Cela fait trop longtemps que l’économie et l’environnement semblent jouer pour des équipes adverses. Il y a eu trop de vilaines attaques et beaucoup trop de buts contre son camp. Il nous faut faire de ces deux revers de la pièce du développement des co-équipiers, des joueurs pour le même camp. ... Nous aurons alors l’opportunité de transformer radicalement les valeurs et d’arriver à une nouvelle conception de ce qui fait véritablement marcher le monde. »

Cette citation d'Achim Steiner, Directeur Exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), résume bien l'esprit d'un article, éponyme de cette note, que je viens de publier sur le site Biodiversité 2007.

Nous vivons sur une dangereuse illusion, qui voudrait que les règles de l'économie humaine soient différentes, voire pourraient s'affranchir des règles de "l'économie du vivant". Illusion que nous entretenons depuis plusieurs millénaires, avec la révolution néolithique et l'invention de l'agriculture, mais qui s'est accentué à l'extrême depuis un siècle et demi, avec la révolution industrielle et le déstockage massif des énergies fossiles, cet héritage des écosystèmes anciens.

Il s'agit désormais, au plus haut niveau décisionnel des entreprises, de considérer les services issus de la biodiversité comme ce qu'ils sont réellement : des opportunités stratégiques à valoriser et à préserver. C'est donc dans leur propre intérêt bien compris, et non par générosité, compassion ou philantropie, que les entreprises se doivent de passer rapidement à l'action, au besoin en questionnant leurs pratiques et leurs modèles économiques.

L'enjeu n'est pas autre que de réinscrire l'économie et le développement humain dans le cycle du vivant, en anticipant les changements globaux au lieu de les subir, et sortir ainsi, par le haut de la crise actuelle de la surexploitation des ressources naturelles.

Je vous laisse lire, en attendant vos commentaires.

Sur biodiversité 2007 : "Entreprises et biodiversité, même combat",

ou en téléchargeant ce document (pdf - 460 Ko)

Chèque transport : Une bonne idée ?

Publié le vendredi 25 août 2006

On ne sait pas encore grand chose de ce chèque transport, que le gouvernement propose de lancer au premier janvier 2007. Mais on sent bien qu'on est en année pré-électorale...

Tel qu'il est présenté aujourd'hui, en tant qu'instrument permettant de compenser l'effet de la hausse des prix des carburants sur les frais de transports des salariés, ça me fait un peu l'effet d'un pansement sur une jambe de bois... Un brin démagogique, la mesure adoucirait certes la note d'essence pour les salariés contraints d'utiliser leur voiture pour se rendre au travail, mais n'apporte en rien une réponse au problème de fond, celui de l'étalement urbain, de l'accroissement de la distance domicile travail du fait conjoint des prix de l'immobilier et de la tension du marché du travail, sans parler de notre dépendance vis à vis des transports motorisés individuels, faute d'alternative crédible et suffisamment ambitieuse...

Il est question que la mesure profite aussi aux usagers des transports en commun (Sauf pour les franciliens, puisque la carte orange est déjà en partie remboursée par l'employeur). On espère bien ! A condition que ces transports en communs existent, et soient à la fois performants, raisonnablement confortables et sûrs, ce qui est loin d'être acquis. En ce domaine, un investissement public important est plus qu'urgent, et le chèque transport n'apporte pas grand chose, et ne changera hélas rien aux motivations qui pourraient transformer un automobiliste (qui l'est souvent plus par dépit que par réel choix) en usager des transports en commun.

Mais... Mais... Au fait : l'annonce ne dit rien de ceux qui se rendent au travail en vélo !

On ose espérer qu'il sera possible de dépenser ces fameux chèques transport non seulement chez les pompistes, mais aussi chez les vélocistes !

On ose espérer que « l'hypothèse vélo » n'a pas été purement et simplement oubliée...

30 €uros par mois : de quoi contribuer à financer un vélo très convenable sur plusieurs années, pour ceux qui décideraient de franchir le pas, ou de quoi financer l'entretien, les pneus, chaînes et autres pièces d'usure, ou encore des vêtements adaptés à un usage tout temps, un coffre ou des sacoches étanches, etc... Et pourquoi pas un vélo couché avec une pointe coffre et un éclairage performant ? Un vélomobile ? Un vélo pliant ?

Tiens, finalement, ça pourrait être pas mal du tout ce chèque transport. Avec un peu de pédagogie et une promotion des vraies alternatives au transports individuels motorisés, voilà qui par effet de levier pourrait transformer une « mesurette électorale », en une véritable ambition.

Chiche ?


Voir aussi, sur ce sujet, les communiqués de presse de :

Développement durable ou décroissance ? Pourquoi choisir ?

Publié le mercredi 2 août 2006

Décidément, on parle beaucoup de décroissance dans le quotidien « Le Monde » ces jours-ci.

J'aime bien la mise au point faite par Hubert Reeves, publiée dans l'édition d'aujourd'hui (« Pour une vie meilleure »). La vraie question est en effet : De quoi parle-t-on vraiment ?

Il y est à nouveau question de l'inadéquation des indicateurs de croissance utilisés (le PIB), qui sont bien indifférents et inadaptés à la mesure du bien être humain, comme à celle de la durabilité écologique.

J'avais déjà évoqué ce problème dans plusieurs articles il y a quelque temps. Des indicateurs, il en existe (Notamment l'Indice de Développement Humain et l'empreinte écologique). Ils sont imparfaits, mais ils permettent de faire des comparaisons pertinentes, dans l'espace et dans le temps. Pourquoi ne pas les utiliser alors ? Quitte à les faire évoluer pour les améliorer.

Au début de l'année, la Banque mondiale, dans un rapport intitulé « Où est la richesse des nations ? », proposait de nouveaux instruments d'évaluation de la vraie richesse des pays, en prenant en compte l'état réel des ressources naturelles.

Ce sont de bonnes initiatives, à encourager le plus largement possible. Il faudrait aussi faire pression sur les élus, et sur les candidats aux échéances de 2007, pour qu'ils s'engagent à les utiliser et à les publier.

Alors, développement durable ou décroissance ? A mes yeux, peu importe en fait. Tout dépend de quoi on parle, et surtout à qui on parle. Il me semble plus important de tenir un langage mobilisateur, susceptible d'entraîner l'adhésion et l'action positive du plus grand nombre, plutôt que de s'adresser à une élite, déjà convaincue et agissante. Nous avons en effet besoin, comme le disait récemment Lester Brown, d'une vraie « mobilisation générale » pour la planète.

La pédagogie employée, les convictions que nous saurons emporter, sont au final plus importantes que la pureté des idées et l'orthodoxie des mots.

Deux citations, pour conclure :

- Nicolas Hulot, dans le numéro de ce mois ci de la revue « Nouveau consommateur » : « J'entends les critiques que me font les adeptes de la décroissance, qui ont raison sur le papier, mais prônent des modes de vie que les gens ne sont pas prêts à adopter. A quoi sert d'avoir raison si personne ne veux vous suivre ? »

- Hubert Reeves, dans l'article mentionné plus haut : « Le choix des mots est important. Le mot croissance est dynamique. Le mot décroissance est un frein. Qui donc accepte d'être freiné ? Pour ma part, je préfère les mots sans connotation de privations à endurer. La croissance de la recherche scientifique, la croissance de l'agriculture biologique, et des commerces de proximité... voilà des exemples de croissance à concrétiser. »

Objets de grâce

Publié le mardi 1 août 2006

Il y a peu encore, les anglais disaient « she » en parlant d'un bateau (au lieu du « it », neutre). Cette particularité grammaticale était même reconnue officiellement, jusqu'à ce qu'une récente réforme la supprime théoriquement. C'est bien dommage : pourquoi supprimer une si charmante coutume ?

Heureusement, l'habitude est restée d'utiliser le féminin pour parler d'un bateau. Certains anglais, amoureux comme moi de la petite reine, utilisent aussi le féminin pour parler de leur bicyclette. Quoi de plus logique, tant ces deux objets incarnent de valeurs féminines, (grâce, légèreté, fluidité, agilité, mais aussi solidarité, frugalité, silence, ...), qui manquent à notre époque.

L'un comme l'autre n'ont besoin de presque rien pour avancer. Un navire n'a besoin que d'un peu de vent pour franchir les océans, une bicyclette se contentera de la seule énergie de son utilisateur, qui peut ainsi franchir les continents, pour peu qu'il le souhaite et en prenne le temps.

Parmi les quelques bicyclettes que j'ai possédé, ou possède encore, une Brompton, de facture anglaise justement, me semble incarner au plus haut point toutes ces qualités, en plus d'être, à mes yeux, très élégante. Cette toute petite bicyclette (pliée, elle tient dans une valise), a pris une grande place dans ma vie, tant elle me procure de plaisir et me rend de services.

J'ai, à chaque fois que je dois l'utiliser, le même plaisir intact, sensuel, presque érotique (combien de fois me suis-je endormi en y pensant), de me sentir soudain si léger, agile, rapide, avec le sentiment d'échapper pour un moment à ma condition d'animal terrestre lent et balourd pour me sentir « presque oiseau ». Ce bref sentiment d'évasion, d'envol vers une vie meilleure et plus légère, vaut, même s'il est illusoire, tous les « paradis artificiels ».

Mais vous avez parfaitement le droit de me considérer comme complètement cinglé ;-)

Violence routière

Publié le mardi 1 août 2006

J'ai failli mourir.

Littéralement, j'ai vu la mort en face.

Pas sous la forme d'un squelette drapé de noir et armé d'une grande faux, mais celle d'une voiture de sport noire, décapotable, transformée en projectile fonçant droit sur moi à toute allure parce que son propriétaire en avait perdu le contrôle.

C'est arrivé samedi matin, et je suis resté en état de choc pendant un bon moment, incapable même d'en parler après être rentré à la maison. Je descendais tranquillement une côte en vélo, sur une route large mais assez sinueuse, en roulant bien à droite. Des glissières de sécurité de chaque coté de la route rendaient toute échappatoire impossible. J'ai d'abord été frappé par le bruit, inouï, que faisaient les pneus de la voiture, partie en tête à queue, parce que son conducteur roulait trop vite en virage, ou à accéléré trop tôt. Puis j'ai vu la voiture (Une BMW, ou une Porsche ? Je n'en sais rien, mon attention ne s'est pas fixée sur ce détail) se diriger droit sur moi, en tournant sur elle même. Son conducteur avait l'air affolé. Je ne pouvais rien faire, sinon me serrer le plus possible à droite et accélérer le plus possible pour éviter le projectile. Et le bruit, insoutenable, du moteur qui s'emballait et des pneus qui ciraient. Finalement, la voiture m'a frôlée sur ma gauche (j'ai senti la chaleur des pneus), et a percuté la glissière de sécurité juste derrière moi. Apparemment, l'abruti qui était au volant n'a rien eu, et il est reparti de son coté, sans même s'arrêter, après avoir rebondi sur la barrière métallique.

Si j'avais été un 35 tonnes, ou même une autre voiture, il n'aurait sans doute pas pu raconter ses exploits à ses abrutis de copains. Je n'ai du mon salut qu'au fait d'avoir été en vélo, et suffisamment fin pour me glisser dans le petit espace qui me restait pour m'échapper.

C'est je genre de « Near Death Experience » dont on se passerait bien. Pas de quoi pavoiser, on en ressort plus traumatisé que vainqueur. Les deux secondes pendant lesquelles on croit qu'on va mourir semblent durer beaucoup plus longtemps. Et on ne pense qu'a une chose : Sauver sa peau.

Et juste après, vient la colère. L'angoisse de se dire que ce genre de bolide entre les mains d'abrutis qui s'en servent pour la frime, c'est comme autant d'épées de Damoclès au dessus de notre tête à tout moment.

C'est comme si, pour prendre un exemple absurde, on laissait des armes de destruction massive entre les mains de types comme Bush ou Poutine (Ah bon, ils en ont ? - Merde, on est mal alors).

Mais que faire ? Ne pas céder à la peur. Dimanche, je suis reparti faire deux heures de vélo. Mais j'étais stressé, pas détendu comme d'habitude. Et espérer qu'un jour on trouvera le moyen de ne pas mettre ces armes en puissance entre les mains de types incapables de les maîtriser, et de se maîtriser eux même. Mais il y a du chemin à faire, tant nous sommes dominés par nos instincts primaires, notre goût pour la puissance destructrice, tant un homme ordinaire devient un prédateur en puissance au volant d'une voiture, particulièrement celles qui sont conçues pour être « agressives ».

Comme certains sont possédés par le démon, certains automobilistes ne possèdent pas leur voiture. Il sont possédés par elle.