Citation :

" Jusqu'à ces dernières années, personne ne se souciait de savoir si nos enfants ou nos petits-enfants seraient en mesure de jouir d'une planète vivable. Nous sommes la première génération qui se pose la question de l'avenir de l'espèce.

Deux menaces pèsent, en effet, sur cet avenir : la nucléaire et l'écologique. Les deux ont les mêmes effets à terme, chacune est pourtant jugée différemment par nos contemporains.

La première, la menace de l'holocauste nucléaire, est apparue pour la première fois à Hiroshima. Nul ne songe à la nier désormais, tant les stocks d'armes sont immenses et la possibilité d'une erreur d'appréciation de la part des politiques qui en ont la garde réelle. ( ... )

La deuxième menace est celle de l'holocauste écologique, dont l'une des causes possibles souvent évoquée est l'extinction graduelle de la plupart des espèces vivant sur la planète. Contrairement à l'holocauste nucléaire, le désaccord est presque total sur les points fondamentaux soulevés par la menace : le risque d'extinction de masse est-il bien réel ? Il est souvent avancé que l'homme aurait provoqué l'extinction d'environ 1 pour cent des espèces d'oiseaux dans le monde entier au cours des derniers siècles. Nombre de ceux qui prennet le temps de réfléchir (surtout des chefs d'entreprise, mais aussi certains biologistes et une partie du public) soutiennent que cette perte de 1 pour cent n'a pas beaucoup d'importance, à supposer que sa réalité soit attestée. Il tiennet même ce chiffre de 1 pour cent pour une grossière surestimation, ajoutant que la plupart des espèces nous sont superflues et que l'extinction de dix fois plus d'espèces ne nous affecterait pas. Nombre d'autres qui prennent aussi le temps de réfléchir (surtout des biologistes spécialistes de la conservation des espèces, et de plus en plus de militants des mouvements de protection de la nature) tiennent ce chiffre de 1 pour cent pour une grossière sous-estimation et affirment que cette extinction de masse pourrait affecter la qualité de vie humaine, voire sa possibilité.

Il est évident que les conséquences eront très différentes pour nos enfants ou nos petits enfants, suivant que l'une ou l'autre de ces visions s'avérera. "

Jared Diamond in "Le troisième chimpanzé" chez Gallimard - 2000

Ce passage illustre bien, même si les choses ont - un peu - évolué depuis sa publication, le problème de l'absence de consensus (contrairement au climat, par exemple) sur l'effondrement de la biodiversité et la dégradation des services écologiques au niveau planétaire.

Le livre lui même est d'une grande érudition, et témoigne d'une rare ouverture d'esprit, je ne peux que le recommander vivement. Enfin, faut-il le rappeler, Jared Diamond est aussi l'auteur de l'indispensable "Effondrement" (Collapse en anglais), publié début 2006 en France.