Cher Monsieur Paul Emploi,
J’ai bien reçu votre courrier référencé et je vous en remercie. Il était important que je fusse informé de ma dette à votre égard afin que je puisse la réparer sans délai, ce que je fais avec soulagement en joignant à ce courrier le règlement, par chèque, de la somme demandée. Je ne suis pas homme à me complaire dans le fait de vivre aux dépends d’autrui, et, comme le dit le proverbe : « qui paie ses dettes s’enrichit ».
Si je prend la peine de reprendre ma plume, hélas par trop délaissée ces derniers temps, c’est pour m’étonner du ton de votre courrier, et surtout de l’état d’esprit dont il témoigne.
En effet, votre courrier commence par des formules plutôt peu amènes : « MISE EN DEMEURE AVANT POURSUITE », en lettres capitales, suivi de la mention « Un dossier nous a été transmis par notre agence pour engager, à votre encontre, une procédure judiciaire ». Diantre, quel forfait me reproche t-on, sur ce ton si sévère ?
Il s’avère que j’ai perçu en trop trois jours d’indemnités, ayant retrouvé du travail depuis le premier juillet de cette année, alors que j’ai été indemnisé jusqu’au 3 juillet. Je rappelle que mon employeur ayant, dans les temps, effectué une déclaration unique d’embauche, et qu’ayant moi même déclaré ma situation sur votre système en ligne, l’erreur vous incombe. Par ailleurs, il s’agit là du premier courrier que je reçois de votre part sur cette question, et une simple demande, formulée en termes plus courtois, aurait eu le même effet : je vous aurait rembourser la somme sans délai. Certes, à ma charge, j’aurais du vérifier que l’intégralité des sommes qui me furent versées m’étaient bien dues. Mais vous savez ce que c’est : quand on retrouve du travail, on a moins de temps pour faire toute sorte de choses. Il aurait bien sûr fallu que je calcule le montant exact des indemnités qui m’étaient dues, et que je compare ce montant à la somme qui m’a été versée par virement. Mais j’ai eu la faiblesse de vous faire confiance, et je ne me suis pas livré à cette vérification.
Au passage, il y a tout de même une bonne nouvelle : la France compte un chômeur de moins depuis le premier juillet. Je ne m’attendais certes pas à recevoir une lettre de félicitations, mais de là à être considéré d’emblée comme un justiciable, voilà qui me chagrine un peu.
Mais ce n’est pas mon cas personnel, ni cet incident, désormais clos puisque j’ai pu rembourser ma dette, qui m’incite à vous écrire. Ce qui m’inquiète, c’est plutôt la crise de confiance entre l’Etat et ses administrés, dont le ton utilisé dans votre courrier témoigne. De plus en plus, dans notre pays, il semble que l’administration voit derrière tout chômeur, tout Rmiste, ou tout bénéficiaire des allocations familiales un présumé fraudeur qu’il conviendrait de débusquer. En quelque sorte, traduit en termes juridiques, tout prévenu serait désormais présumé coupable jusqu’à ce qu’il soit en mesure de démontrer son innocence.
Avant d’être un chômeur, ce que je ne suis d’ailleurs plus, je suis avant tout un citoyen, responsable, conscient de ses droits et de ses devoirs vis à vis de la collectivité. Et il se trouve que je suis sensible aux questions relatives à la cohésion sociale de notre pays, à la confiance et au respect mutuel que se doivent les citoyens et les institutions représentantes de l’Etat.
Dénoncer et traquer la fraude est indispensable. Soupçonner, a priori, un fraudeur derrière chaque citoyen est insupportable, et ne peut que renforcer la fracture entre l’Etat, ses représentants, ses administrations, et les citoyens, fracture dont nous constatons chaque jour les effets désastreux.
Voir ce que je tenais à vous dire, Cher Monsieur Paul Emploi, en réponse à votre courrier.
Et, pour conclure, soyez certain que je reste convaincu du rôle indispensable qui est le votre, que je suis pleinement conscient de la difficulté de la charge qui vous incombe, dont vous vous acquittez avec courage et efficacité.
A ce titre je tiens à vous témoigner, à vous même comme à l’ensemble de vos agents, mon respect le plus sincère.
Emmanuel DELANNOY